Vaccin contre le vph au Mali : une révolution pour les femmes
vaccin contre le vph au Mali : une révolution pour les femmes
Une avancée historique pour la santé des femmes au Mali : le gouvernement a intégré le vaccin contre le papillomavirus humain (vph) dans son programme national de vaccination dès novembre 2024. Lors d’une cérémonie officielle à Bamako, en présence de partenaires internationaux comme Gavi et des autorités sanitaires maliennes, cette initiative a été saluée comme un tournant décisif dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, qui frappe durement les femmes du pays.
Le cancer du col de l’utérus reste un fléau dévastateur pour des milliers de femmes maliennes. Fatoumata, 38 ans, en est une victime. Son parcours médical, marqué par des retards de diagnostic et des dépenses exorbitantes, illustre les défis auxquels sont confrontées les patientes au Mali.
« J’avais d’abord un fibrome, et j’ai pris du temps à le traiter. C’est quand j’ai commencé à avoir des saignements que j’ai fait l’opération. Après l’opération, j’ai commencé à avoir des pertes, des pertes sans couleur ni odeur, on aurait dit de l’eau. Suite à cela, je suis allée voir mon gynécologue. Le résultat a montré que j’avais un cancer du col de l’utérus. J’ai dépensé entre 5 et 6 millions de francs CFA pour le traitement. Rien que l’opération m’a coûté deux millions de francs CFA. »
Grâce à cette campagne, le Mali vise à protéger plus de 320 000 jeunes filles chaque année, réduisant de près de 90 % les cas de cancer du col de l’utérus et prévenant plus de 3 600 décès annuels parmi les femmes maliennes.
Ce témoignage met en lumière les obstacles persistants : diagnostic tardif, traitements inaccessibles et tabous culturels qui retardent la prise en charge médicale.
Un cancer dévastateur et des défis persistants
Le cancer du col de l’utérus, causé par une infection persistante au vph, représente un problème majeur de santé publique au Mali. Deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes âgées de 15 à 44 ans, il est souvent détecté à un stade avancé, entraînant des milliers de décès chaque année. Les croyances populaires, associant cette maladie à des sorts ou des malédictions, aggravent encore la situation en décourageant les femmes de consulter rapidement.
« La maladie du col de l’utérus est parfois perçue comme un sort jeté par une coépouse, une belle-sœur ou un ancien compagnon », explique une militante en santé sexuelle et reproductive.
Une avancée majeure : le vaccin anti-vph désormais accessible
Le gouvernement malien a franchi une étape historique en intégrant le vaccin contre le vph dans son programme de vaccination de routine. Lors du lancement officiel à Bamako, le Dr Ibrahima Diarra, directeur du Centre National d’Immunisation, a souligné l’importance de cette initiative : « Une seule dose suffit pour protéger une fillette de 10 ans pendant plus de dix ans contre les virus responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus. » Grâce au soutien de Gavi et au cofinancement de l’État malien, ce vaccin est désormais gratuit pour les jeunes filles.
Avec cette campagne, le Mali espère protéger plus de 320 000 jeunes filles chaque année, réduisant ainsi de près de 90 % les cas de cancer du col de l’utérus et prévenant plus de 3 600 décès annuels.
Pour aller plus loin
Vers une santé plus équitable
Cette initiative marque une avancée significative vers l’équité en santé publique. Le cancer du col de l’utérus tue chaque jour des milliers de femmes, principalement dans les pays à faible revenu, où 90 % des décès mondiaux sont enregistrés. En rendant ce vaccin accessible gratuitement, le Mali franchit un pas important vers la justice sociale en santé.
Le Dr Diarra précise : « Nous avons choisi les filles de 10 ans car leur col est encore sain, bien avant le début des rapports sexuels, ce qui garantit une efficacité maximale du vaccin. » Cette approche est conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (oms), qui préconise de vacciner les jeunes filles de 9 à 14 ans.
Le Mali se distingue comme l’une des premières nations sahéliennes et le premier pays soutenu par Gavi dans la catégorie des pays fragiles et touchés par des conflits à introduire le vaccin contre le vph.
Au-delà de la prévention, cette initiative permet de réduire les coûts liés aux traitements coûteux de la maladie. « Une seule dose coûte environ 150 000 FCFA dans les officines privées, mais grâce à l’appui de Gavi et au cofinancement de l’État malien, ce vaccin est désormais gratuit dans le cadre du programme de vaccination de routine », se réjouit le Dr Diarra.
Le Mali se positionne ainsi comme un modèle régional, protégeant les générations futures de femmes et servant d’exemple pour d’autres pays. Cette avancée s’inscrit dans les objectifs mondiaux de Gavi, visant à vacciner 86 millions de jeunes filles dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2025.
Combattre la désinformation
Les autorités sanitaires maliennes doivent aussi faire face à un défi de taille : la désinformation. Des rumeurs infondées circulent parfois autour des vaccins, alimentées par des opposants. « Il est crucial de contrer ces informations erronées. Ce vaccin est sûr, efficace et ne compromet ni la fertilité ni la santé reproductive des jeunes filles », insiste le Dr Diarra.
La ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, a également réaffirmé la sécurité et l’importance de ce vaccin lors du lancement.
L’introduction du vaccin anti-vph représente une victoire majeure pour la santé des femmes et un pas vers un avenir plus équitable au Mali. En brisant le cycle de la maladie par la prévention, le pays montre l’exemple d’un modèle de santé publique centré sur l’équité, protégeant les plus vulnérables et assurant un avenir plus sûr pour les femmes maliennes.