Sénégal : la rivalité Sonko-Diomaye Faye s’intensifie au Parlement
Au Sénégal, la vie politique s’est accélérée avec le limogeage, par le président Bassirou Diomaye Faye, de son Premier ministre, Ousmane Sonko, une décision devenue inévitable après des mois de tensions croissantes entre les deux figures du pouvoir. L’annonce, intervenue un vendredi de mai, a marqué un tournant dans une relation déjà fragilisée par des désaccords répétés et une lutte de pouvoir de plus en plus visible.
Un scénario préparé à l’avance
Le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a immédiatement annoncé sa démission de la présidence du Parlement, tout en précisant son intention de conserver son siège. Une manœuvre qui semble orchestrée pour faciliter le retour d’Ousmane Sonko dans l’hémicycle. Ce dernier, après avoir été écarté de la Primature, pourrait ainsi récupérer son mandat de député lors d’une séance parlementaire extraordinaire prévue le 26 mai. Un vote qui, selon toute vraisemblance, le propulserait à la tête de l’institution législative, lui offrant une tribune pour poursuivre son opposition frontale avec le chef de l’État.
Un poste clé pour Sonko, une menace pour Faye
Si Ousmane Sonko est élu président de l’Assemblée nationale, il deviendra la deuxième personnalité de l’État et le successeur constitutionnel du président. Une position qu’il pourrait exploiter pour bloquer les initiatives gouvernementales, notamment en utilisant son influence sur le parti majoritaire, le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité), qui compte 130 députés sur 165. Une situation qui place le Sénégal au bord d’une crise institutionnelle, où les ambitions personnelles pourraient l’emporter sur l’intérêt collectif.
Le Pastef, fondé par Sonko, reste divisé entre ceux qui soutiennent l’actuel président et ceux qui voient en l’ancien Premier ministre un leader incontournable. La rivalité entre les deux hommes, autrefois alliés, menace désormais la cohésion du parti et pourrait ouvrir la voie à une troisième force politique dans les prochaines élections, notamment présidentielles en 2029.
Les enjeux d’une élection parlementaire
Ousmane Sonko n’entend pas se contenter d’un rôle secondaire. Depuis son exclusion de la course présidentielle en 2024 pour des raisons judiciaires, il cherche à renforcer sa position pour se présenter à nouveau. Le nouveau Code électoral, adopté en mai, a été perçu comme une opportunité pour lever les obstacles à son éligibilité, même si la décision finale revient au Conseil constitutionnel. Une élection à la présidence de l’Assemblée nationale pourrait lui offrir une plateforme pour relancer sa carrière politique et défier ouvertement Bassirou Diomaye Faye.
Pour l’instant, la situation ressemble à un jeu de pouvoir où chacun des deux leaders tente de consolider sa position. Si la raison ne l’emporte pas, le Sénégal pourrait payer le prix fort : une instabilité politique aux conséquences imprévisibles, alors que le pays a pourtant besoin de stabilité pour relever ses défis économiques et sociaux.