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L’avenir de la démocratie dans les pays de l’AES

Publié le 1 mai 202525 septembre 2026 ParZara Hassane

l’avenir de la démocratie dans les pays de l’AES

 Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani, Ibrahim Traoré

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger – trois nations de l’Alliance des États du Sahel (AES) – sont aujourd’hui gouvernés par des juntes militaires arrivées au pouvoir entre 2020 et 2023. Ces régimes justifient leur prise de contrôle par la nécessité de lutter contre le terrorisme et les groupes armés qui menacent la stabilité de la région depuis des années.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

La montée des attaques djihadistes a en effet fragilisé les gouvernements précédents, plongeant ces pays dans une instabilité chronique. Les populations, exaspérées par l’incapacité des dirigeants à assurer leur sécurité, ont parfois accueilli ces coups d’État comme une solution temporaire. Pourtant, à mesure que les transitions s’éternisent, les citoyens s’interrogent sur la sincérité des militaires à rétablir l’état de droit et à organiser un retour à la démocratie.

Les consultations nationales organisées au Mali sous l’égide des putschistes ont même abouti à des propositions radicales : dissolution des partis politiques, suppression des associations à caractère politique et promotion du général Assimi Goïta au rang de président de la République pour un mandat de cinq ans, renouvelable. Pourtant, ce dernier, arrivé au pouvoir en août 2020, n’a jamais été élu. Sa légitimité repose sur un soutien populaire supposé, difficile à évaluer dans un contexte marqué par la répression et la peur.

Points clés à retenir :

  • Instabilité politique : Les coups d’État au Mali, Niger et Burkina Faso ont été motivés par l’échec des gouvernements à endiguer le terrorisme.
  • Transition prolongée : Les populations s’interrogent sur la volonté réelle des juntes à organiser un retour à la démocratie.
  • Remise en cause des institutions : Les consultations nationales au Mali ont proposé la dissolution des partis politiques et une présidence prolongée.

une nouvelle voie politique pour le Sahel ?

La situation est similaire au Niger et au Burkina Faso, où les juntes ont également organisé des consultations nationales. Cependant, ces processus ont été boycottés par les principaux partis politiques, rappelant que la démocratie repose aussi sur l’existence de contre-pouvoirs. Chaque pays doit adapter son modèle politique à son histoire et à ses réalités sociopolitiques.

Dans l’ensemble du Sahel, des voix s’élèvent pour une refonte des structures politiques, jugées trop influencées par le néocolonialisme. Les récents coups d’État pourraient refléter cette quête d’autonomie, s’éloignant des modèles promus lors des conférences nationales des années 1990, qui avaient pourtant instauré l’alternance démocratique comme principe de base.

Soma Abdoulaye, professeur agrégé de droit à l’université de Ouagadougou, souligne que le problème ne réside pas dans l’absence de normes, mais dans leur application par des dirigeants dépourvus d’esprit démocratique. Cette critique s’applique particulièrement aux régimes militaires actuels, souvent accusés de réprimer les libertés et de museler l’opposition.

l’opinion publique face à la démocratie

À Ouagadougou, Bamako et Niamey, le débat sur la démocratie occidentale reste vif. Les juntes instrumentalisent souvent l’opinion publique pour conserver le pouvoir, reléguant la démocratisation au second plan. Au Mali, par exemple, l’alternance démocratique de 1992 avait suscité de grands espoirs, mais depuis 2012, une succession de crises politiques et sécuritaires a fragilisé le processus démocratique, divisant la population.

Au Niger, l’avènement du multipartisme dans les années 1990 avait également donné de l’espoir aux citoyens, mais les dysfonctionnements institutionnels ont favorisé l’intervention de l’armée. Depuis le renversement du président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, les Nigériens sont profondément divisés sur la valeur de la démocratie. Les sanctions imposées par la Cédéao et d’autres organisations internationales sont perçues par une partie de la population comme une ingérence occidentale, alors que les juntes de l’AES affichent leur volonté de souveraineté.

Les dirigeants militaires, comme le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso, remettent régulièrement en cause l’efficacité de la démocratie, affirmant que « aucun pays ne s’est développé dans la démocratie ». Une déclaration contestée par des figures comme François Akila-Esso Boko, ancien ministre togolais de l’Intérieur, qui rappelle les échecs des régimes autoritaires.

le rôle des partis politiques et la quête d’autonomie

Les partis politiques, et particulièrement ceux de l’opposition, ont un rôle crucial à jouer dans la consolidation de la démocratie. Jean Didier Boukongou, professeur de droit international à l’université catholique de l’Afrique centrale, insiste sur l’importance de leur éducation et de leur responsabilité face aux régimes en place. Pourtant, dans des pays comme la Guinée, où un coup d’État a eu lieu en 2021, les juntes militaires vont jusqu’à interdire plus de 50 formations politiques, officiellement pour non-respect des critères d’évaluation.

La Guinée, comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso, est régulièrement accusée de réprimer la liberté d’expression et de marginaliser l’opposition. Malgré les promesses de retour à l’ordre constitutionnel, les militaires maintiennent un contrôle strict sur le paysage politique. Un référendum constitutionnel prévu en septembre 2024 est présenté comme une étape vers la stabilité, mais son organisation suscite des doutes quant à sa transparence.

Les dynamiques politiques actuelles dans l’AES et en Guinée soulèvent une question essentielle : la démocratie peut-elle se construire par la force ? Alors que les juntes prônent une refonte des institutions pour mieux répondre aux défis sécuritaires et économiques, les populations restent divisées entre l’espoir d’une stabilité retrouvée et la crainte d’un retour à l’autoritarisme.

Une chose est sûre : l’avenir de la démocratie en Afrique de l’Ouest dépendra de la capacité des acteurs politiques à concilier sécurité, souveraineté et respect des droits fondamentaux.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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