Cameroun : l’audition du colonel Otoulou dans l’affaire Martinez Zogo s’achève

Une audition très attendue devant la justice camerounaise

L’audition du colonel Jean-Pierre Otoulou, enquêteur principal dans le dossier de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, s’est achevée ce mardi à Yaoundé. Pendant plusieurs heures, l’officier a défendu le travail de la commission mixte chargée d’enquêter sur la mort de l’animateur de radio, tué en janvier 2023.

Face aux juges, le colonel Otoulou a affirmé détenir des éléments de preuve, notamment sur les démarches entreprises par Bruno Bidjang, un collaborateur de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, l’un des principaux accusés dans ce dossier. Selon l’enquêteur, Bidjang aurait cherché à obtenir des informations sur les investigations qui le visaient.

Des accusations d’ingérence dans la procédure

Me Calvin Job, avocat des ayants droit de Martinez Zogo, estime que ces révélations confirment les soupçons d’ingérence. « Cela prouve simplement ce que nous subodorions depuis le début. Il a effectivement tenté de s’infiltrer au sein de cette commission mixte alors que l’enquête était censée le concerner », a déclaré l’avocat à l’issue de l’audience.

De son côté, Bruno Bidjang a tenté de démontrer son innocence, mais les parties civiles dénoncent une manoeuvre visant à perturber le cours de la justice.

Le lieutenant-colonel Danwe reconnaît les faits mais invoque des ordres

Lors de ses échanges avec le colonel Otoulou, le lieutenant-colonel Justin Danwe, membre de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), a reconnu avoir planifié la filature, l’enlèvement et la torture de Martinez Zogo. Il aurait également constitué les équipes opérationnelles avec des éléments de la DGRE. Toutefois, il affirme avoir agi sur instruction de sa hiérarchie.

Cette version est vivement contestée par les avocats de Léopold Maxime Eko Eko, directeur général des renseignements généraux à l’époque des faits. « Il est parti en mission sans ordre de mission ni financement. À son retour, il n’a fait aucun compte rendu à sa hiérarchie. Conclusion simple : c’est une initiative personnelle du colonel Danwe », a tranché Me Ndjana Ndjana, conseil de l’ancien patron des renseignements généraux.

Par ailleurs, le lieutenant-colonel Justin Danwe a maintenu que la torture de Martinez Zogo n’avait pas eu lieu dans l’immeuble Ekang, propriété de Jean-Pierre Amougou Belinga.

Un dossier qui continue de diviser

Cette audition cruciale intervient alors que l’affaire Martinez Zogo secoue profondément le Cameroun depuis plus de trois ans. Les révélations de l’enquêteur principal et les accusations croisées entre les différentes parties continuent d’alimenter les débats sur les responsabilités dans ce crime qui a ému le pays tout entier.