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Alliance des États du Sahel : 7 727 milliards FCFA de titres publics sur le marché de l’UMOA

Publié le 15 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Les trois capitales de l’Alliance des États du Sahel — Bamako, Ouagadougou et Niamey — continuent de puiser dans le marché financier régional. Au 31 juillet 2026, les encours cumulés de titres publics émis par le Mali, le Burkina Faso et le Niger atteignaient 7 727,38 milliards de francs CFA, selon les données consolidées du marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine.

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Une présence qui pèse près d’un tiers du marché régional

L’ensemble des États membres de l’UMOA affichait à la même date un encours total de 24 073,53 milliards FCFA. La part des trois pays de l’AES s’élève donc à environ 32,1 % de ce total, une proportion qui traduit une dépendance persistante au financement obligataire régional.

Le Burkina Faso arrive en tête avec 2 989,98 milliards FCFA, soit environ 12,4 % de l’encours régional. Le Mali suit avec 2 606,93 milliards FCFA (10,8 %), tandis que le Niger ferme la marche avec 2 130,47 milliards FCFA (8,9 %).

Le Burkina Faso : un encours qui frôle les 3 000 milliards

Avec 2 989,98 milliards FCFA au 31 juillet 2026, Ouagadougou se rapproche du seuil symbolique des 3 000 milliards. La progression mensuelle reste positive, à 2,46 % sur un mois.

L’activité ne faiblit pas pour autant. En mai 2026, le pays avait levé 99,50 milliards FCFA en obligations du Trésor tout en remboursant 72,04 milliards FCFA. Cette double dynamique — emprunter et rembourser simultanément — illustre une gestion active de la trésorerie plutôt qu’une rupture avec le marché.

Le Mali : plus de 2 600 milliards FCFA en circulation

Bamako affichait 2 606,93 milliards FCFA d’encours au 31 juillet 2026. Fin mai de la même année, le niveau atteignait déjà 2 637,64 milliards FCFA. Au cours de ce seul mois, le Mali avait mobilisé 93,50 milliards FCFA et remboursé 110,07 milliards FCFA.

Ces allers-retours entre émissions et remboursements montrent que la question n’est pas de savoir si le Mali emprunte, mais à quel rythme, à quel coût et pour financer quelles dépenses.

Le Niger : une envolée spectaculaire entre avril et mai 2026

C’est au Niger que l’évolution est la plus marquante. Entre avril et mai 2026, l’encours nigérien est passé de 1 732,05 milliards à 2 120,45 milliards FCFA, soit une hausse de près de 388,4 milliards FCFA en un seul mois. Au 31 juillet 2026, il s’établissait à 2 130,47 milliards FCFA.

Cette progression résulte d’opérations massives de financement et de reprofilage de la dette. En mai 2026, Niamey avait mobilisé 567,49 milliards FCFA, dont 519,51 milliards en obligations du Trésor et 47,97 milliards en bons, tout en remboursant 191,31 milliards FCFA.

Quelques jours plus tôt, une opération de grande ampleur avait porté sur 446,386 milliards FCFA de titres, dont environ 59,710 milliards FCFA de titres de court terme rachetés pour desserrer les tensions de trésorerie. Les ressources nettes dégagées étaient estimées à environ 327 milliards FCFA.

Un discours de souveraineté confronté aux chiffres

Le récit politique des autorités de l’AES repose sur une promesse d’autonomie financière et de rupture avec les dépendances extérieures. Pourtant, les données du marché régional dessinent une réalité plus nuancée.

Il serait inexact d’affirmer que ces trois États sont totalement dépendants du marché régional. Il serait tout aussi inexact de prétendre qu’ils ont cessé d’y recourir. Le marché des titres publics de l’UMOA demeure un canal de financement structurel pour les budgets nationaux de l’espace monétaire ouest-africain.

La question centrale devient alors : peut-on présenter une politique comme pleinement autonome lorsque plusieurs milliers de milliards de francs CFA sont levés auprès d’investisseurs régionaux pour couvrir les besoins de l’État ?

Le paradoxe après le retrait de la CEDEAO

Le paradoxe s’est accentué depuis le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO. Politiquement, les trois pays affirment vouloir construire une trajectoire autonome. Financièrement, ils continuent d’utiliser le marché régional de l’UMOA, lequel repose largement sur les banques et investisseurs de l’espace ouest-africain.

Une analyse publiée fin 2025 faisait état d’une diminution de l’exposition des investisseurs des autres pays de l’UEMOA à la dette des États de l’AES : leur détention était passée de 3 174 milliards à 2 801 milliards FCFA, soit une baisse de 373 milliards FCFA entre le quatrième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025. Dans le même temps, les détentions croisées de titres entre les trois pays de l’AES avaient diminué de 622 milliards FCFA, pour atteindre environ 3 160 milliards FCFA.

Ce phénomène mérite d’être surveillé : lorsque les investisseurs deviennent plus prudents, le financement peut devenir plus coûteux et plus difficile à obtenir.

Les indicateurs qui comptent vraiment

Le montant de l’encours ne suffit pas à juger la soutenabilité d’une dette. Plusieurs paramètres entrent en ligne de compte :

  • les taux d’intérêt ;
  • les échéances ;
  • le montant annuel des remboursements ;
  • la capacité de mobilisation fiscale ;
  • la croissance économique ;
  • la part consacrée aux dépenses sécuritaires ;
  • la capacité à renouveler les emprunts arrivant à échéance.

Un État peut avoir un encours élevé mais maîtrisé s’il dispose de recettes suffisantes et d’une croissance solide. À l’inverse, un État peut rencontrer de graves difficultés avec une dette moins importante si une grande partie des titres arrive simultanément à échéance ou si les taux d’intérêt deviennent trop élevés.

Le cas nigérien : un révélateur des limites du chiffre brut

Le Niger illustre parfaitement cette mécanique. En mai 2026, le pays a mobilisé 567,49 milliards FCFA, mais il a également remboursé 191,31 milliards FCFA. Une autre opération a porté sur 446,386 milliards FCFA, dont une partie servait à racheter des titres arrivant à échéance.

Cela signifie qu’une partie des nouvelles ressources ne constitue pas nécessairement de l’argent frais disponible pour financer des projets. Elle peut servir à refinancer une dette existante. C’est un mécanisme courant sur les marchés obligataires, mais il faut le dire clairement : lever plusieurs centaines de milliards ne signifie pas automatiquement que ces centaines de milliards viennent s’ajouter intégralement aux ressources disponibles pour le développement.

Le piège des annonces de « milliards mobilisés »

Lorsqu’un gouvernement annonce une émission de 500 milliards FCFA, plusieurs questions s’imposent :

  • Combien est réellement nouveau ?
  • Combien sert à rembourser des titres anciens ?
  • Quel est le taux d’intérêt ?
  • Quelle est la durée ?
  • Quelle sera la facture totale pour le contribuable ?

Dans le cas du Niger, l’opération de mai 2026 montre pourquoi cette distinction est indispensable : 446,386 milliards FCFA de montant brut traité, mais environ 327 milliards FCFA de ressources nettes dégagées. La différence n’est pas un détail comptable. Elle change complètement la lecture politique du chiffre.

Conclusion : la souveraineté n’efface pas la dette

Le débat sur l’AES ne devrait donc pas opposer simplement « souveraineté » et « dépendance ». Au 31 juillet 2026, le Burkina Faso, le Mali et le Niger cumulaient 7 727,38 milliards FCFA d’encours de titres publics sur le marché régional de l’UMOA.

Ce n’est pas une dette directement due à l’UEMOA en tant qu’organisation. C’est une dette envers les investisseurs ayant souscrit aux titres émis par ces États.

Mais le constat demeure : les trois pays qui revendiquent une plus grande autonomie financière continuent de dépendre largement du financement obligataire régional pour couvrir leurs besoins. La vraie question n’est donc plus de savoir si l’AES emprunte. Elle est de savoir jusqu’où ces États peuvent continuer à emprunter sans que le coût de cette « souveraineté financière » ne finisse par peser lourdement sur leurs budgets futurs.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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