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Niger : à Niamey, l’eau des Russes jetée à terre devient le symbole d’une rupture

Publié le 15 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Des milliers de sachets d’eau, initialement destinés aux combattants d’Africa Corps, ont été éventrés puis piétinés au beau milieu de la chaussée. Ce geste de sabotage populaire traduit une déchirure désormais impossible à masquer entre les habitants du Niger, les troupes russes et la junte militaire du général Abdourahamane Tiani.

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Des amas de plastique déchiré recouvrant le sol, de l’eau potable qui s’enfonce dans la terre aride du Sahel, le tout sous les cris d’une foule hors d’elle. La scène, captée en vidéo et massivement partagée sur les réseaux sociaux, dit à elle seule le revirement de l’opinion publique à Niamey. Ce chargement d’eau en sachets ne s’est pas répandu par hasard : il approvisionnait une base où stationnent les éléments russes d’Africa Corps, l’entité qui a pris la suite de Wagner sur le continent.

Pour les riverains, intercepter ce convoi et crever méthodiquement chaque pack d’eau n’est plus une simple protestation. C’est le refus d’une souveraineté abandonnée. Les manifestants réclament le départ sans délai des forces russes, qu’ils accusent d’avoir commis l’irréparable : verser le sang de soldats nigériens sur le sol nigérien.

La nuit du 28 au 29 août : le basculement

Pour saisir la colère qui embrase les artères de la capitale, il faut remonter aux heures dramatiques des 28 et 29 août 2026. Cette nuit-là, une tentative de déstabilisation ébranle l’appareil sécuritaire du pays. Mais au lieu de s’appuyer uniquement sur les forces régulières de la nation, le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani, opte pour une décision aux lourdes conséquences.

Devant la confusion des combats, Tiani ordonne directement aux paramilitaires d’Africa Corps d’entrer en action. Les mercenaires russes ouvrent le feu sur des éléments de l’armée nigérienne. Le bilan exact demeure difficile à établir, verrouillé par le pouvoir militaire, mais l’information s’est propagée comme une traînée de poudre dans les casernes et les foyers : des forces étrangères ont tiré sur des Nigériens sur ordre du commandement de Niamey.

Le naufrage sécuritaire du régime Tiani

Cet épisode sanglant expose les dérives d’un pouvoir de transition de plus en plus isolé et fébrile. En confiant la sécurité du régime à des instructeurs et combattants étrangers plutôt qu’à l’armée nationale, le général Tiani commet une faute politique et éthique majeure.

Arrivé au pouvoir en promettant de restaurer la souveraineté nationale et de chasser les forces occidentales, le régime militaire semble avoir simplement remplacé une tutelle par une autre — plus brutale et totalement déconnectée des réalités locales. En autorisant Africa Corps à cibler des militaires nigériens, le pouvoir en place a franchi une ligne rouge éthique, brisant le pacte de confiance fondamental entre la population, l’armée et ses dirigeants. La junte ne s’appuie plus sur la légitimité populaire, mais sur une garde prétorienne privée payée au prix fort.

Témoignages : la parole aux habitants de Niamey

Dans le quartier où le camion a été immobilisé et son chargement déchargé à la volée, la tension reste palpable. Les habitants ne cachent plus leur ressentiment face à une présence étrangère qu’ils jugent désormais d’occupation.

« Nous avions accepté le départ des troupes occidentales parce qu’on nous promettait la vraie liberté », explique Ibrahim, un commerçant du secteur. « Mais aujourd’hui, on voit des mercenaires russes tirer sur nos frères et nos enfants qui portent l’uniforme du Niger. Tiani leur a donné le droit de vie et de mort sur nous. Vider ces cartons et percer ces sachets d’eau, c’est le seul moyen pacifique d’exprimer qu’ils ne sont pas les bienvenus ici. »

Même son de cloche du côté des jeunes rassemblés autour du véhicule vidé de sa cargaison. Pour Aïchatou, étudiante à Niamey, le geste symbolise une rupture définitive :

« Tous ces sachets d’eau étaient destinés à désaltérer ceux qui ont tué nos soldats il y a quelques jours. C’était insupportable. Le peuple nigérien n’a pas chassé une armée pour laisser des mercenaires faire la loi chez nous et tirer sur nos troupes. Si la junte refuse de les renvoyer, c’est le peuple qui s’en chargera. »

Un pouvoir au bord de l’impasse

L’incident n’est pas un fait divers isolé. Il s’inscrit dans un mouvement de contestation grandissant qui gagne du terrain à Niamey et dans les grandes villes du pays. En cherchant à protéger son pouvoir à tout prix lors de la crise de fin août, le général Tiani s’est aliéné une partie de l’armée régulatrice et a réveillé la colère citoyenne.

En déléguant la force publique à des éléments mercenaires d’Africa Corps, la junte nigérienne s’enferme dans un face-à-face dangereux avec son propre peuple. Le soulèvement contre ce convoi de ravitaillement montre que le sentiment d’injustice a dépassé le stade des simples discours : il s’incarne désormais dans la rue.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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