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Blocus du JNIM : Bamako sous pression à l’approche de la Tabaski 2026

Publié le 26 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

À l’aube de la Tabaski 2026, Bamako subit les conséquences d’un blocus jihadiste qui s’est intensifié depuis fin avril. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche affiliée à al-Qaïda, entrave systématiquement les axes logistiques reliant la capitale malienne aux zones de production du sud, de l’ouest et des frontières avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie. Résultat : l’approvisionnement en moutons, denrées alimentaires et carburant devient un parcours du combattant pour les familles maliennes, alors que la fête religieuse, prévue le 27 mai, approche.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un encerclement économique qui fragilise les Bamakois

Les convois commerciaux sont désormais des cibles privilégiées pour les combattants du JNIM. Des dizaines de camions ont été incendiés sur les principaux axes d’accès à Bamako, poussant les transporteurs à renoncer aux trajets sans escorte militaire. Si l’armée malienne intervient ponctuellement pour sécuriser certains convois jugés prioritaires, la fréquence des livraisons s’effondre, asphyxiant progressivement l’économie urbaine.

Cette offensive du JNIM marque un tournant stratégique. Historiquement actif dans les zones rurales du centre et du nord du Mali, le groupe étend désormais son influence vers les artères vitales de la capitale. En ciblant les routes d’approvisionnement, il fragilise directement le pouvoir d’achat des citoyens et la crédibilité des autorités de transition, incapables d’assurer la libre circulation des biens essentiels.

La Tabaski, un miroir des difficultés économiques

Les marchés à bétail de Bamako offrent un tableau révélateur de la situation. Les enclos se font de plus en plus rares, les éleveurs des régions de Kayes ou de Koulikoro évitant les routes dangereuses. Les prix du mouton, animal central de la fête, ont flambé, rendant son achat inaccessible pour de nombreuses familles. Pour beaucoup, la seule solution réside dans le recours à des crédits informels ou à des collectes entre proches.

Cette hausse des prix ne se limite pas au bétail. Les denrées de base comme l’huile, le sucre ou les condiments traditionnels voient également leurs coûts augmenter. Cette inflation s’ajoute à une précarité déjà exacerbée par des années de sanctions régionales, de désengagement des partenaires internationaux et de priorisation des dépenses militaires. Les ménages modestes, majoritaires dans la capitale, s’adaptent en réduisant les quantités achetées, en mutualisant les ressources ou en supprimant certains plaisirs festifs.

Pénuries d’électricité et carburant : le quotidien en crise

La crise alimentaire se double d’une pénurie chronique d’électricité. La Société Énergie du Mali (EDM-SA), confrontée à des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures et à un parc vieillissant, multiplie les délestages. Ces coupures, parfois supérieures à une demi-journée, compliquent la conservation de la viande après le sacrifice, perturbent les petits commerces et menacent la cohésion sociale, traditionnellement renforcée par les repas familiaux de la Tabaski.

Le carburant, dont l’acheminement dépend des corridors ivoiriens et sénégalais, voit ses prix exploser sur le marché parallèle. Les stations-service affichent des files d’attente interminables, tandis que les coupures d’approvisionnement se propagent en cascade : transport urbain, livraisons, groupes électrogènes des hôpitaux et des commerces. Malgré les assurances des autorités, les solutions tardent à émerger, laissant craindre des tensions sociales accrues.

Un défi de souveraineté pour les autorités maliennes

Pour les dirigeants de la transition, la Tabaski 2026 représente un test de légitimité. Leur capacité à sécuriser ne serait-ce que les principaux corridors d’importation devient un enjeu de souveraineté et de stabilité. Des observateurs notent que cette stratégie d’asphyxie économique rappelle celle employée au Burkina Faso, où des villes comme Djibo subissent des blocus similaires depuis plusieurs mois.

La fête se déroulera dans une atmosphère bien différente des années précédentes, loin de l’enthousiasme habituel. Au-delà du symbole religieux, c’est la résilience de Bamako face à une guerre asymétrique qui se joue dans les marchés à bestiaux et les stations-service.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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