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Centrafrique : l’affaire Figueira, un outil de guerre psychologique russe

Publié le 26 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

L’affaire Joseph Figueira incarne une stratégie d’influence cynique orchestrée par le groupe Wagner en Centrafrique. Ce travailleur humanitaire belgo-portugais, enlevé en mai 2024 dans une région isolée du Mbomou, a été retenu plus de deux ans avant son rapatriement vers le Portugal en avril 2026. Son cas illustre la manière dont Moscou transforme des dossiers judiciaires en armes médiatiques pour affaiblir ses rivaux sur le continent.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Une arrestation instrumentalisée pour discréditer l’Occident

Son interpellation, effectuée par des éléments de Wagner dans une zone stratégique du sud-est centrafricain, a été immédiatement exploitée par les relais informationnels pro-russes. Condamné par la justice locale, ce dossier a servi de prétexte pour accuser les organisations humanitaires internationales de collusion avec des groupes armés hostiles à Bangui. Une accusation sans preuve, mais relayée massivement sur les ondes et les réseaux sociaux.

Les documents internes attribués à Africa politology, une cellule de communication liée à Moscou, révèlent une machine de propagande bien huilée. Des contenus calibrés pour les médias locaux, des campagnes sur les réseaux sociaux et des rassemblements devant les ambassades occidentales ont été organisés. Figueira y était dépeint tantôt comme un espion, tantôt comme l’incarnation d’une présence humanitaire douteuse.

Une campagne visant l’ensemble de l’écosystème humanitaire

Cette opération ne se limitait pas à un cas individuel. Elle s’inscrivait dans une offensive plus large contre les acteurs humanitaires étrangers présents en Centrafrique. Plusieurs ONG ont été ciblées par des accusations publiques, parfois suivies de mesures restrictives. Les États-Unis, dont l’influence diplomatique s’est réduite ces dernières années, ont été accusés de soutenir des activités subversives contre le gouvernement centrafricain. La Minusca, la force de l’ONU déployée dans le pays, a elle aussi été visée par cette campagne de désinformation.

Cette stratégie repose sur une logique d’occupation de l’espace médiatique. En saturant les médias locaux de récits convergents, l’écosystème russe cherche à marginaliser les acteurs concurrents et à renforcer son emprise sur les autorités de Bangui. Les fichiers d’Africa politology confirment une professionnalisation croissante de ces méthodes depuis 2018. Peu coûteuses comparées à une intervention militaire classique, ces opérations hybrides constituent un outil privilégié pour Moscou.

Un précédent qui pèse sur l’engagement humanitaire

La libération de Figueira n’a pas effacé les conséquences de cette manipulation. De nombreuses ONG ont réduit leur présence dans les zones contrôlées par Wagner, notamment dans l’est et le nord du pays. La sécurité des équipes, expatriées comme locales, est devenue un critère central dans les décisions opérationnelles. Malgré la réorganisation des forces russes sous la bannière Africa Corps, les méthodes restent identiques.

Pour les chancelleries européennes, ce dossier pose une question épineuse. La négociation secrète ayant permis le rapatriement du ressortissant vers le Portugal a révélé l’étroitesse des marges de manœuvre dont disposent les capitales occidentales face à un système judiciaire centrafricain sous influence russe. Cette affaire interroge aussi la capacité des acteurs humanitaires à préserver leur neutralité dans un environnement où la guerre de l’information redéfinit les règles du jeu.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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