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Une secousse politique majeure au Sénégal : le président Faye se sépare de son premier ministre Sonko

Publié le 22 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Un événement politique d’une ampleur inédite bouleverse le Sénégal et résonne à travers la sous-région. Ce vendredi 22 mai 2026, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a officiellement mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko, son premier ministre et ancien mentor politique. Cette décision radicale entraîne la dissolution immédiate de l’exécutif et marque la fin abrupte d’un tandem qui dirigeait le pays depuis l’alternance d’avril 2024.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Le décret 2026-1128 : l’acte officiel d’une séparation

L’annonce a provoqué une onde de choc, confirmée dans la soirée par la publication d’un texte officiel d’importance capitale. Le chef de l’État a promulgué ce vendredi 22 mai 2026 le décret présidentiel numéro 2026-1128, qui met un terme immédiat aux responsabilités d’Ousmane Sonko à la tête du gouvernement. Pour justifier cette décision, Bassirou Diomaye Faye s’est appuyé rigoureusement sur les prérogatives conférées par la Loi fondamentale sénégalaise, citant spécifiquement les articles 42, 43, 53 et 56 de la Constitution.

Ce cadre juridique établit le président de la République comme le gardien de la Constitution, assurant le fonctionnement régulier des institutions et lui octroyant le pouvoir discrétionnaire de nommer et de révoquer le premier ministre. L’article premier du décret stipule clairement : « Il est mis fin aux fonctions de M. Ousmane Sonko, Premier ministre de la République du Sénégal ».

En vertu de l’article 2, l’application de cette mesure est immédiate. Par un effet de cascade constitutionnel, le départ du chef du gouvernement entraîne automatiquement la démission de l’ensemble des ministres et secrétaires d’État. Le décret précise néanmoins que les membres du cabinet sortant sont chargés d’expédier les affaires courantes en attendant la désignation d’une nouvelle équipe ministérielle.

« Diomaye, c’est Sonko » : l’histoire d’un duo singulier

Pour saisir toute la portée de ce bouleversement, il est essentiel de se remémorer la nature fusionnelle et unique du lien qui unissait les deux figures politiques. Ousmane Sonko, leader charismatique du parti PASTEF, avait mené une opposition farouche contre le régime précédent de Macky Sall. Confronté à l’acharnement judiciaire et à son exclusion définitive de la course présidentielle par le Conseil constitutionnel début 2024, Sonko avait opéré un choix stratégique audacieux.

Alors qu’ils partageaient la même cellule de prison suite à des vagues d’arrestations politiques, Ousmane Sonko avait désigné son secrétaire général et fidèle lieutenant, Bassirou Diomaye Faye, comme le candidat de substitution pour incarner le projet de rupture systémique.

Porté par le slogan emblématique « Diomaye, c’est Sonko », le candidat remplaçant était devenu le réceptacle de la ferveur populaire qui soutenait le leader du parti. Libérés grâce à une loi d’amnistie quelques jours avant le scrutin, les deux hommes avaient mené une campagne éclair, conduisant Bassirou Diomaye Faye à une victoire triomphale dès le premier tour le 24 mars 2024.

Dès sa prestation de serment le 2 avril 2024, le jeune président avait nommé Ousmane Sonko au poste de Premier ministre par le décret n°2024-921. Pour la première fois dans l’histoire politique africaine, un mentor devenait le subordonné institutionnel de son propre poulain, instaurant une gouvernance bicéphale sans précédent.

Des signes de friction : de la fusion à la divergence

Si l’image d’une parfaite harmonie a longtemps été maintenue par des déclarations publiques, l’exercice du pouvoir d’État a rapidement mis en évidence les limites de ce fonctionnement à deux têtes, révélant des visions subtilement divergentes au fil des mois.

D’un côté, Ousmane Sonko a conservé son identité de théoricien souverainiste et d’orateur percutant, multipliant les prises de parole directes sur les affaires internationales, la renégociation des contrats miniers et pétroliers, ou la remise en question des partenariats traditionnels. De l’autre, le président Faye s’est retrouvé directement confronté aux impératifs de la gestion macroéconomique, de la diplomatie régionale et de la nécessité absolue de rassurer les marchés financiers.

Les premières divergences notables sont apparues lors du réajustement du 6 septembre 2025, matérialisé par la signature du décret n°2025-430 fixant la nouvelle composition du gouvernement. Ce remaniement, loin d’apaiser les tensions, a mis en lumière des luttes d’influence internes pour le contrôle des ministères stratégiques entre les fidèles de la première heure du Premier ministre et les technocrates promus par le chef de l’État.

En définitive, cette cohabitation politique entre un président de la République détenant la légitimité constitutionnelle et un chef de gouvernement incarnant la légitimité populaire historique a ravivé le complexe du « faiseur de roi », créant un équilibre précaire où l’influence constante d’Ousmane Sonko sur les décisions présidentielles a fini par soulever la question de l’autorité réelle au sommet de la République.

Quelles perspectives pour l’avenir du Sénégal ?

Ce limogeage plonge le pays dans une configuration politique inédite. En reprenant l’intégralité du contrôle de l’appareil d’État par ce geste d’autorité, le président Bassirou Diomaye Faye s’émancipe définitivement de la tutelle morale de son ancien leader. Il assume désormais seul la plénitude de sa fonction présidentielle.

La grande interrogation concerne à présent la position qu’adoptera Ousmane Sonko. Le leader de PASTEF choisira-t-il la discrétion, une séparation en douceur ou un retour à une opposition frontale, fort de sa base électorale toujours très engagée ? La composition du prochain gouvernement, attendue dans les heures à venir, fournira des indices précieux sur la nouvelle orientation que le président Faye souhaite imprimer à son mandat.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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