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Le président Faye met fin aux fonctions du premier ministre Ousmane Sonko au Sénégal

Publié le 22 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le paysage politique sénégalais est en pleine effervescence. Vendredi soir, le président Bassirou Diomaye Faye a pris une décision retentissante en révoquant son Premier ministre, Ousmane Sonko. Cette séparation intervient après plusieurs mois de tensions palpables entre les deux figures emblématiques, qui avaient accédé au pouvoir en avril 2024 portés par un immense élan populaire.

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L’annonce officielle a été faite à la télévision nationale par Oumar Samba Ba, le secrétaire général de la présidence. Le décret présidentiel a déclaré la fin des fonctions de monsieur Ousmane Sonko en tant que Premier ministre, entraînant de facto la dissolution de l’ensemble du gouvernement et des secrétaires d’État. Pour assurer la continuité, les membres du gouvernement sortant ont été chargés de gérer les affaires courantes. Aucune information n’a été communiquée concernant le nom du prochain chef du gouvernement.

L’ascension de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko au sommet de l’État sénégalais a été marquée par une dynamique unique. Ousmane Sonko, leader charismatique et mentor politique, a joué un rôle déterminant dans la victoire de Faye, son influence étant un moteur crucial de leur succès. Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 suite à une condamnation pour diffamation qui lui avait retiré ses droits civiques, M. Sonko avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye comme son remplaçant. Leur campagne s’était déroulée sous le slogan unificateur « Diomaye Moy Sonko » (Diomaye c’est Sonko en wolof), symbolisant leur alliance indéfectible.

La rhétorique panafricaniste d’Ousmane Sonko avait galvanisé une jeunesse sénégalaise désabusée. Son engagement avait été particulièrement visible après des mois de confrontations avec le régime de l’ancien président Macky Sall (2012-2024), marqué par une répression violente des manifestations et des interrogations sur un éventuel troisième mandat. Les deux hommes, libérés de prison grâce à une loi d’amnistie destinée à apaiser le climat politique, avaient ainsi incarné un nouvel espoir.

Rassemblement spontané et tensions grandissantes

Immédiatement après l’annonce, Ousmane Sonko a réagi sur son compte Facebook, exprimant un « cœur léger » et le désir de dormir sereinement à la Cité Keur Gorgui, son quartier résidentiel à Dakar. Des centaines de ses partisans se sont spontanément rassemblés devant son domicile vendredi soir, acclamant l’homme politique malgré son éviction du gouvernement, témoignant de son soutien populaire continu.

Plus tôt dans la journée, devant le Parlement, le Premier ministre avait vivement critiqué ce qu’il qualifiait de « tyrannie » occidentale, accusant l’Occident de vouloir « imposer l’homosexualité au reste du monde ». Cette déclaration intervenait quelques semaines après l’adoption d’une loi renforçant les peines contre les relations homosexuelles dans ce pays d’Afrique de l’Ouest majoritairement musulman. Ces prises de position publiques et les désaccords croissants avaient rendu leur collaboration de plus en plus précaire.

Les tensions entre le chef de l’État et son Premier ministre étaient de notoriété publique depuis plusieurs mois. Début mai, le président Faye avait ouvertement critiqué la « personnalisation excessive » de M. Sonko au sein de leur parti au pouvoir. Il avait alors clairement indiqué lors d’une interview télévisée : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »

Le parti de M. Sonko détient une majorité écrasante à l’Assemblée nationale sénégalaise depuis sa victoire aux élections législatives de novembre 2024. Il y a quelques semaines, une réforme du code électoral, promulguée par le président, a ouvert la voie à une éventuelle candidature d’Ousmane Sonko à la prochaine élection présidentielle en 2029, une mesure que l’opposition a jugée favorable à M. Sonko. Malgré un recours de M. Sonko contre sa condamnation rejeté par la Cour suprême en juillet 2025 (alors qu’il était déjà Premier ministre), son élection comme député en novembre 2024 (mandat auquel il a renoncé pour rester PM) est interprétée par son parti comme une preuve de son éligibilité. Des élections locales sont prévues en 2027, avant la présidentielle de 2029.

Bien que moins populaire que le leader du Pastef, le président Faye a vu ses soutiens croître ces derniers mois grâce au mouvement « Diomaye Président », suggérant une possible candidature pour 2029. Parallèlement à ces dynamiques politiques, les dirigeants du Sénégal doivent faire face à une situation économique délicate. Le gouvernement a hérité d’une dette « colossale » de l’administration précédente, atteignant 132% du PIB, ce qui place le Sénégal au deuxième rang des pays les plus endettés d’Afrique subsaharienne, selon le Fonds monétaire international (FMI). En 2024, la nouvelle équipe gouvernementale a accusé l’ancien président Macky Sall d’avoir dissimulé l’ampleur de cette crise budgétaire, entraînant la suspension d’un programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars. Cette actualité sénégalaise est donc marquée par des défis économiques et des réalignements politiques majeurs.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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