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Stratégie militaire du jnim au Mali : une guerre d’usure qui redéfinit le conflit

Publié le 26 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le JNIM au Mali : une mutation stratégique qui bouleverse les équilibres du conflit

Les régions du nord et du centre du Mali ne subissent plus seulement des attaques ponctuelles. Elles vivent désormais sous le joug d’une guerre permanente, où l’épuisement des populations et la fragmentation du territoire deviennent les armes principales des groupes armés. Les récentes opérations du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre des positions militaires, des convois logistiques et des axes routiers illustrent une évolution majeure de leur stratégie.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Ces mouvements ne visent plus simplement à contrôler des localités ou à organiser des opérations médiatisées. Leur objectif est désormais de rendre progressivement le territoire ingouvernable pour la junte militaire de Bamako, la poussant dans ses derniers retranchements.

Cibler les réseaux vitaux plutôt que les bastions

La transformation du JNIM repose sur une logique implacable : fragiliser l’État malien en s’attaquant aux infrastructures qui assurent sa cohésion. Les axes routiers, essentiels pour les déplacements militaires et administratifs, subissent une pression constante. Dans plusieurs zones rurales, les déplacements deviennent périlleux sans escorte blindée, tandis que les services publics se raréfient.

Cette stratégie d’usure présente plusieurs avantages pour les groupes armés :

  • Elle limite le déploiement des forces gouvernementales, dispersées pour protéger les convois et les infrastructures
  • Elle augmente les coûts sécuritaires pour l’État, déjà fragilisé par des années de crise institutionnelle et économique
  • Elle instaure une insécurité permanente, sapant la confiance dans les institutions

Le résultat ? Une fatigue collective qui touche aussi bien les militaires que les civils, et une remise en cause de la souveraineté malienne hors des grandes villes.

Quand la force militaire ne suffit plus

Depuis les coups d’État successifs, le pouvoir malien a fait de la sécurité un pilier de sa légitimité. Le départ des forces françaises et le renforcement des partenariats avec la Russie ont été présentés comme des symboles de souveraineté retrouvée. Pourtant, cette souveraineté ne se mesure pas uniquement à l’aune des capacités militaires.

La réalité est plus complexe : l’intensification des opérations armées ne garantit pas une stabilisation durable. Dans de nombreuses zones rurales, l’État se limite souvent à des interventions ponctuelles, principalement militaires. Les services publics (écoles, centres de santé, administrations) peinent à se maintenir, laissant le champ libre à des systèmes parallèles de gouvernance.

Cette situation crée un paradoxe : plus l’État intervient de manière intermittente et militaire, plus il cède du terrain à des dynamiques locales qui échappent à son contrôle. Les populations, abandonnées par les institutions, se tournent alors vers des structures alternatives pour assurer leur survie.

Le Sahel : un théâtre de recomposition des conflits armés

La crise malienne dépasse désormais les frontières nationales. Toute la bande sahélienne connaît une reconfiguration rapide des acteurs armés, des alliances locales et des circuits économiques informels. La porosité des frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger facilite la mobilité des groupes armés, tandis que les réponses étatiques restent fragmentées.

L’alliance politico-militaire entre ces trois pays, bien que théoriquement solide, a montré ses limites lors des offensives récentes du JNIM et du FLA. La junte malienne, isolée sur la scène régionale, ne peut compter que sur le soutien des mercenaires du groupe Africa Corps pour maintenir sa position.

Cette asymétrie favorise les groupes capables de s’adapter rapidement. Le JNIM mise sur sa flexibilité territoriale et son ancrage dans des réseaux économiques clandestins pour imposer un coût sécuritaire élevé aux États. Son objectif n’est pas nécessairement de contrôler l’ensemble des zones traversées, mais plutôt de rendre leur gouvernance impossible.

Le conflit sahélien devient ainsi une guerre d’endurance politique, où les groupes armés cherchent à épuiser les États plutôt qu’à les renverser.

Au-delà du prisme antiterroriste : les racines profondes de la crise

Réduire le conflit à une simple confrontation militaire entre forces gouvernementales et groupes djihadistes serait une erreur. La crise malienne révèle des dimensions sociales, économiques et territoriales bien plus complexes.

Dans de nombreuses zones rurales, les frustrations accumulées – abandon étatique, conflits fonciers, rivalités communautaires, pauvreté structurelle – créent des espaces de vulnérabilité durable. Les groupes armés, qu’ils soient djihadistes ou indépendantistes, exploitent ces fractures plutôt que de les générer.

Le défi central pour le Mali réside dans sa capacité à reconstruire une légitimité étatique durable. Or, cette légitimité ne peut se fonder uniquement sur des opérations sécuritaires ponctuelles. Elle exige une présence administrative constante : éducation, santé, justice, infrastructures, et surtout, une continuité économique.

L’avenir du pays ne se jouera pas lors d’une bataille décisive, mais dans la capacité à rétablir une gouvernance stable dans les territoires abandonnés. Car une guerre d’usure ne détruit pas seulement des positions militaires. Elle fragilise les routes, l’économie, les administrations, les liens sociaux… et finalement, l’idée même d’un territoire unifié et gouverné.

Mourad Ighil

Par Zara Hassane — Grand reporter

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