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Sénégal : pourquoi la trêve politique est cruciale pour relancer l’économie

Publié le 5 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Sénégal : une économie en panne malgré les promesses politiques

Depuis l’avènement du nouveau régime en avril 2024, les citoyens sénégalais espéraient une relance économique après trois années de turbulences politiques. Les initiatives comme l’Agenda Sénégal 2050 et le Plan de redressement économique et social (PRES), lancé en août 2025, avaient renforcé cet espoir. Pourtant, près de trente mois plus tard, la situation reste préoccupante : l’économie peine à décoller, et les projets structurants tant attendus se font toujours attendre.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

La polarisation politique s’est intensifiée, avec des divisions persistantes au sommet de l’État et une course effrénée vers les élections de 2029. Les querelles partisanes monopolisent désormais l’attention, reléguant les priorités économiques au second plan. Résultat : le pays, autrefois moteur de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), voit sa croissance s’effriter et ses investissements s’effondrer.

Une croissance en chute libre, loin des autres économies de l’UEMOA

Les dernières données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), publiées en juin 2026, confirment un déclin alarmant. Avec une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026, le Sénégal se classe parmi les pays les moins performants de l’Union, derrière des économies comme le Bénin (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,4 %), le Mali (6,1 %) ou encore le Niger (6,1 %).

Cette baisse de 3,1 points par rapport à la moyenne de 2025 représente le recul le plus marqué de l’UEMOA. Pire encore, les investissements directs étrangers (IDE) se sont effondrés, passant de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions de dollars en 2025. Une chute vertigineuse qui illustre l’ampleur des défis économiques auxquels le pays est confronté.

Les causes d’un déclin économique

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • Un climat politique toxique : les divisions au sommet de l’État, notamment entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, ont paralysé la mise en œuvre des réformes. La création du parti Kiiraye et les tensions persistantes au sein du PASTEF illustrent cette fragmentation politique.
  • Un manque de confiance des investisseurs : le Sénégal peine à accéder aux marchés internationaux dans des conditions favorables, en raison d’une perception du risque jugée trop élevée.
  • Un secteur privé en difficulté : malgré les promesses du PRES, les entreprises nationales peinent à obtenir des financements, et l’environnement des affaires reste complexe.
  • Une gestion publique inefficace : la rationalisation des dépenses publiques, promise dans le cadre du PRES, tarde à se concrétiser. Les fusions d’agences et structures annoncées restent lettre morte.

Trois leviers pour inverser la tendance

Pour redonner au Sénégal son statut de locomotive économique de l’UEMOA, des actions concrètes et immédiates s’imposent. Voici trois priorités :

1. Restaurer la confiance des partenaires et des investisseurs

La conclusion d’un nouveau programme économique avec le Fonds monétaire international (FMI) est une étape stratégique. Un accord avec cette institution enverrait un signal fort aux marchés financiers et aux bailleurs de fonds, rassurant sur la crédibilité de la trajectoire économique du pays. Parallèlement, le Sénégal doit renforcer sa stratégie de nation branding pour promouvoir ses atouts et attirer les investisseurs internationaux.

2. Faire du secteur privé le moteur de la croissance

Pour dynamiser l’économie, il est essentiel de faciliter l’accès des entreprises au financement, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’environnement des affaires. Les secteurs clés à soutenir prioritairement sont les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique, les transports et la logistique.

3. Rationaliser les dépenses publiques

Dans un contexte de marges de manœuvre réduites, la baisse du train de vie de l’État est une nécessité. Pourtant, les annonces de fusions d’agences et de structures peinent à se concrétiser. Il est urgent d’accélérer ces réformes pour dégager des ressources et financer des projets porteurs.

L’urgence d’une trêve politique

Les trois années qui nous séparent des élections de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. Le temps des promesses est révolu : place à l’action. Une trêve politique est indispensable pour replacer l’économie au cœur des priorités nationales. Pendant que le Sénégal s’enlise dans ses divisions, les autres économies de l’Union avancent, réformes après réformes.

Le président Bassirou Diomaye Faye, lors de l’inauguration du PRES, avait évoqué une vision ambitieuse : « bâtir une nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes ». Pour y parvenir, il est temps de tourner la page des querelles politiques et de se concentrer sur l’essentiel : la relance économique.

Dr Abdou Diaw, CEO & Founder du magazine économique et financier Le Marché

Par Zara Hassane — Grand reporter

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