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Le Niger de tiani : entre discours souverainiste et réalités accablantes

Publié le 5 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le général Abdourahamane Tiani a mené un coup d’État contre le président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, promettant de rendre au Niger sa souveraineté perdue, d’éradiquer le terrorisme et de libérer le pays de l’emprise des puissances étrangères. Un discours qui a séduit une partie de la population, lasse des crises sécuritaires à répétition et d’une économie en lambeaux. Pourtant, trois ans plus tard, les promesses du CNSP peinent à se concrétiser, laissant place à un décalage criant entre les annonces et le quotidien des Nigériens.

Écoutez cet articleEnviron 8 min

Un récit politique fondé sur la rupture

Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a bâti sa légitimité sur un narratif clair : le Niger aurait recouvré son indépendance en tournant le dos à ses anciens alliés occidentaux. Cette rhétorique, martelée dans les médias proches du régime, oppose un pouvoir présenté comme résolument patriotique à des acteurs étrangers accusés d’avoir longtemps pillé les ressources nationales. Une stratégie qui permet de fédérer une partie de l’opinion publique, de discréditer les critiques internes et de détourner l’attention des lacunes de l’action gouvernementale.

Pourtant, la souveraineté ne se limite pas à la rupture des alliances ou au départ des forces étrangères. Elle s’incarne dans la capacité d’un État à protéger ses citoyens, à garantir le bon fonctionnement des institutions, à préserver les droits fondamentaux et à améliorer le niveau de vie. Sur ces critères, les résultats restent largement contestés, voire inexistants pour une majorité de Nigériens.

Une communication centrée sur l’émotion plutôt que sur les faits

Le régime a su exploiter un terreau fertile : la colère d’une population exaspérée par l’insécurité chronique, le chômage endémique, les inégalités criantes et la flambée des prix. Le changement de régime a été présenté comme l’avènement d’une ère nouvelle, mais la communication officielle semble aujourd’hui se contenter de maintenir une mobilisation patriotique permanente, au détriment d’une évaluation transparente des politiques menées.

Les discours dénonçant des complots extérieurs occupent l’espace médiatique, tandis que les débats sur l’efficacité des mesures gouvernementales sont systématiquement relégués au second plan. Résultat : le débat politique se polarise entre soutien inconditionnel et opposition frontale, au mépris d’une analyse objective des actions publiques.

La sécurité, un échec qui pèse lourd

L’argument central avancé pour justifier le putsch était la nécessité de mettre fin à l’insécurité qui ronge le pays. Pourtant, aujourd’hui encore, plusieurs régions du Niger subissent des attaques régulières de groupes armés, des déplacements massifs de populations et une instabilité chronique. Les civils paient le prix fort : économies détruites, accès aux services publics interrompu, communautés déchirées.

Malgré les opérations militaires en cours, les groupes jihadistes conservent une capacité de nuisance alarmante, comme en attestent les attaques répétées contre les postes de l’armée et les villages. Cette situation révèle l’ampleur des défis sécuritaires, qui ne sauraient être résolus par un simple changement de régime ou par une réorientation diplomatique.

L’absence de données publiques fiables sur les progrès accomplis aggrave le doute quant à l’efficacité réelle de la stratégie militaire actuelle.

La recherche systématique de boucs émissaires

Face aux difficultés persistantes, les autorités privilégient une explication géopolitique des crises nationales. Les sanctions de la CEDEAO, les anciennes puissances partenaires, certains pays voisins ou des réseaux étrangers sont régulièrement désignés comme les principaux responsables des maux du Niger.

Si les tensions régionales et les rivalités internationales influencent effectivement l’environnement sécuritaire du Sahel, elles n’expliquent pas à elles seules les échecs internes. Cette approche comporte un risque majeur : transformer chaque crise nationale en conflit diplomatique, reléguant au second plan les réformes institutionnelles, l’analyse des responsabilités locales et l’amélioration de la gouvernance.

À long terme, cette stratégie pourrait affaiblir la capacité du pays à s’auto-critiquer et à corriger ses propres défaillances.

Une économie asphyxiée par les crises

Sur le plan économique, les attentes suscitées par le changement de régime sont loin d’être comblées. Les sanctions régionales, la baisse des investissements, les perturbations commerciales et l’instabilité politique ont frappé de plein fouet plusieurs secteurs clés. Dans les foyers, les préoccupations sont toujours les mêmes : hausse des prix, pénuries de produits essentiels, absence d’opportunités professionnelles.

La souveraineté économique, si souvent évoquée dans les discours officiels, exige pourtant des avancées tangibles : relance de la production locale, modernisation des infrastructures, assainissement des finances publiques et amélioration du climat des affaires. Autant de défis qui nécessitent des politiques volontaristes et une vision de long terme, deux éléments encore trop rares dans l’action gouvernementale actuelle.

Le recul des libertés : un prix à payer pour la stabilité ?

Parallèlement, les observateurs s’alarment de l’érosion des libertés publiques. Les critiques envers le pouvoir sont de plus en plus surveillées, tandis que journalistes, militants et opposants évoluent dans un climat de pression accrue. Dans un régime militaire, la concentration du pouvoir s’accompagne souvent d’un affaiblissement des contre-pouvoirs, réduisant progressivement l’espace civique.

Le Niger se retrouve ainsi face à un dilemme : comment préserver l’unité nationale face aux défis sécuritaires sans sacrifier le pluralisme politique, indispensable à une gouvernance responsable ? L’absence de calendrier clair pour la transition alimente les incertitudes quant à la durée du régime et aux perspectives de retour à l’ordre constitutionnel.

La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit

Le patriotisme peut souder une nation, mais il ne suffit pas à répondre aux besoins concrets de la population. La souveraineté ne se limite pas à des discours enflammés contre les puissances étrangères ; elle se mesure à l’aune de résultats tangibles : sécurité effective, développement économique, justice équitable, libertés respectées et institutions crédibles.

L’histoire récente du Sahel rappelle une vérité simple : aucun régime, qu’il soit civil ou militaire, ne peut fonder sa légitimité uniquement sur la dénonciation d’ennemis extérieurs. Les citoyens jugent leurs dirigeants sur leur capacité à améliorer leur quotidien, bien plus que sur leurs déclarations enflammées. Pour le général Tiani et le CNSP, le défi n’est donc plus de convaincre de la souveraineté du Niger, mais de prouver que cette souveraineté se traduit par des avancées mesurables en matière de sécurité, de prospérité et de justice. Sans cela, la rhétorique anti-impérialiste risque de n’apparaître que comme un outil de légitimation, bien loin d’un projet de transformation nationale.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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