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Routes du Mali en crise : Sénégal, Maroc, Guinée sous pression

Publié le 6 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Les axes routiers vitaux pour l’approvisionnement du Mali connaissent des perturbations croissantes depuis plusieurs semaines. Les transporteurs sénégalais, marocains et guinéens, qui assurent la majeure partie du fret vers Bamako, font face à une dégradation sécuritaire qui impacte directement les coûts et les délais de livraison.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Un contexte sécuritaire qui bouleverse les habitudes

Les difficultés rencontrées sur plusieurs corridors modifient en profondeur les pratiques des transporteurs régionaux. Derrière les appels à suspendre certains trajets et les inquiétudes des organisations professionnelles, les perturbations sur les axes commerciaux affectent désormais le coût du fret, les délais de livraison et l’organisation des chaînes logistiques reliant Bamako à ses partenaires commerciaux.

Pays enclavé, le Mali dépend fortement du transport routier régional. Le corridor Dakar-Bamako reste l’une des principales portes d’entrée des importations maliennes. En 2024, environ 2,6 millions de tonnes de marchandises destinées au Mali ont transité par le port de Dakar, ce qui illustre le poids économique de cet axe dans l’approvisionnement du pays. Les préoccupations sécuritaires se traduisent désormais par des décisions concrètes des transporteurs. Au Sénégal, l’Union des routiers affirme qu’au moins onze camions sénégalais engagés sur les dessertes maliennes ont été incendiés ces dernières semaines. Des organisations professionnelles ont appelé les chauffeurs à réduire ou suspendre certains trajets, estimant que les risques deviennent trop lourds à supporter économiquement.

L’épisode du 6 mai a renforcé ces inquiétudes. Plusieurs convois commerciaux ont été attaqués sur l’axe reliant la frontière mauritanienne à Bamako. Selon des responsables syndicaux marocains, plus d’une quinzaine de camions marocains, sénégalais et mauritaniens ont été pris pour cible par des groupes armés. Au moins six poids lourds marocains ont été incendiés.

Cet événement a également eu des répercussions au Maroc, où plusieurs opérateurs de transport routier affichent davantage de prudence concernant les dessertes maliennes. Pour les entreprises de transport, les calculs évoluent rapidement : hausse des assurances, immobilisation des véhicules, augmentation des frais de sécurité et multiplication des détours réduisent les marges sur des trajets déjà longs et coûteux.

Le corridor Guinée-Mali n’échappe pas aux perturbations. Depuis les attaques signalées fin avril sur cet axe commercial majeur, la circulation des marchandises et des voyageurs est fortement ralentie. Cet itinéraire joue pourtant un rôle important dans la diversification logistique du Mali, notamment via le port de Conakry. Les difficultés observées sur cette route limitent les alternatives disponibles lorsque d’autres corridors connaissent des tensions.

Les conséquences dépassent désormais les seules entreprises de transport. Sur plusieurs axes, des chauffeurs prolongent leurs temps d’attente avant départ, certains convois roulent groupés et des familles restent sans nouvelles de proches partis sur les routes pendant plusieurs jours. Pour les opérateurs économiques, chaque interruption augmente les coûts liés au stockage, retarde les livraisons et ralentit les échanges commerciaux. Lorsque plusieurs corridors sont simultanément perturbés, ce sont l’approvisionnement du marché malien, les délais logistiques régionaux et l’activité économique transfrontalière qui subissent directement les effets de ces difficultés.

Trois ans après la réorientation sécuritaire opérée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, marquée par une prise de distance avec plusieurs partenaires occidentaux et un rapprochement accru avec la Russie, les défis sécuritaires continuent de peser sur le Sahel. Les difficultés sécuritaires affectent désormais davantage les échanges régionaux et la circulation sur certains axes commerciaux majeurs. Les répercussions se ressentent bien au-delà des frontières de l’Alliance des États du Sahel : des organisations de transporteurs au Sénégal, des opérateurs marocains et des convoyeurs mauritaniens expriment des préoccupations majeures face aux risques encourus sur certaines routes maliennes.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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