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Niger : le régime militaire étouffe les libertés après le putsch

Publié le 22 mars 202525 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Un putsch suivi d’une répression systématique

Dix-huit mois après le renversement du président Mohamed Bazoum par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) le 26 juillet 2023, le Niger subit une dérive autoritaire sans précédent. Amnesty International révèle dans son dernier rapport, publié en mars, des violations massives des droits humains : arrestations forcées, détentions arbitraires, interdiction des partis politiques et instrumentalisation de la justice. Intitulé « Niger : la démocratie sous pression », ce document documente les abus commis entre juillet 2023 et janvier 2025, tandis que l’espace civique et politique s’effondre sous le poids d’un régime militaire qui justifie son pouvoir par un discours souverainiste.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Des promesses trahies et un État de droit en lambeaux

Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, avait promis de respecter les droits fondamentaux et les engagements internationaux du Niger. Pourtant, la réalité est radicalement différente. Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, dénonce : « Les autorités nigériennes ont trahi leurs engagements. Le cadre législatif recule, et les droits humains sont piétinés. »

Dès leur prise de pouvoir, les militaires ont suspendu la Constitution de 2010 et dissous des institutions clés comme la Commission nationale des droits de l’homme. Le CNSP concentre désormais tous les pouvoirs, gouvernant par ordonnances souvent liberticides. Parmi les mesures les plus contestées :

  • La loi sur la cybercriminalité (2019), rétablie en juillet 2024, permet de condamner pour diffamation ou diffusion de contenus jugés subversifs.
  • Une ordonnance d’août 2024 élargit la définition du terrorisme et autorise le fichage de citoyens, avec des risques de déchéance de nationalité et de gel des avoirs.

Depuis octobre 2024, 21 personnes ont été victimes de cette dérive, dont d’anciens ministres du gouvernement Bazoum. Hamid Ngadé, ancien conseiller présidentiel, déclarait : « Je n’ai que la nationalité nigérienne. Cette décision me rendrait apatride. Il n’y a plus d’État de droit au Niger. »

Un pluralisme politique en voie de disparition

Depuis le coup d’État, les partis politiques sont suspendus, privant le pays de tout contre-pouvoir institutionnel. Les anciens responsables, comme Mohamed Bazoum, sont maintenus en détention, tandis que les voix critiques sont systématiquement réprimées.

Société civile et médias sous surveillance

La junte nigérienne a instauré un climat de terreur où la société civile et les médias sont muselés. Les services de renseignement, notamment la DGSE, multiplient les disparitions forcées et les arrestations arbitraires. Moussa Tchangari, militant emblématique, a été arrêté en décembre 2024 et inculpé pour « apologie du terrorisme » et « atteinte à la sûreté de l’État ». Il risque jusqu’à dix ans de prison.

Le pouvoir divise la société entre « patriotes » et « apatrides », un terme méprisant pour discréditer les opposants. Un responsable associatif à Niamey témoigne : « Nous vivons dans un état d’exception. Les gens ont peur d’agir ou de s’exprimer. » Les organisations de la société civile, autrefois actives, sont aujourd’hui fragmentées et sous pression constante.

La presse, cible privilégiée du régime

La liberté de la presse est la grande victime de cette répression. Dès janvier 2024, la Maison de la presse a été suspendue au profit d’un comité proche du pouvoir. Les médias étrangers comme RFI, France 24 et la BBC ont été interdits à tour de rôle, tandis que les journalistes nigériens subissent arrestations et harcèlements :

  • Ousmane Toudou et Soumana Maïga, arrêtés en avril 2024 pour des publications en ligne, ont été jugés devant un tribunal militaire.
  • Samira Sabou, blogueuse, a été victime d’une disparition forcée avant d’être poursuivie sous la loi de cybercriminalité.

Face à cette répression, l’autocensure s’impose : les journalistes pèsent chaque mot, et les sources refusent de témoigner publiquement. Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, alerte : « La liberté d’expression et de la presse est essentielle pour garantir la responsabilité des gouvernants. Le Niger est à un tournant critique. »

Vers une transition sans retour à la démocratie ?

Fin février 2025, les assises nationales ont proposé une transition de cinq ans, renouvelable, avec la possibilité pour les dirigeants actuels de se représenter aux élections. Une perspective qui consolide le pouvoir militaire et éloigne le pays d’un retour à l’État de droit.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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