Montée des tensions économiques et expansion des groupes armés au Sahel et en afrique de l’ouest

Montée des tensions économiques et expansion des groupes armés au Sahel et en Afrique de l’Ouest

Les conflits autrefois distincts du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest côtière fusionnent désormais en un seul front interconnecté, devenant un terrain de compétition majeure entre les groupes militants. Cette évolution redéfinit les dynamiques sécuritaires et économiques dans la région.

Bilan des violences : une année 2025 marquée par l’escalade

Entre le 1er janvier et le 28 novembre 2025, les données révèlent une intensification alarmante des violences :

  • Plus de 10 000 morts enregistrés au Burkina Faso, au Mali et au Niger en raison des affrontements politiques.
  • 30 ressortissants étrangers enlevés, principalement au Mali (22 cas) et au Niger (8 cas).
  • 70 % d’augmentation des décès au Bénin par rapport à la même période en 2024, selon les données ACLED.

Stratégies de guerre économique : une arme de déstabilisation massive

En 2025, les groupes jihadistes comme le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique Province du Sahel (ISSP) ont intensifié leurs campagnes militaires dans le Sahel central. Leur objectif ? Saper la stabilité des régimes militaires régionaux tout en étendant leur emprise territoriale.

Le JNIM a notamment imposé un blocus économique sur les villes de Kayes et Nioro du Sahel au Mali, ciblant les axes routiers reliant Bamako aux régions environnantes. Ce siège délibéré a provoqué des pénuries de carburant et une flambée des prix, paralysant l’économie locale. Les violences dans ces zones ont atteint des niveaux records depuis le début des enregistrements par ACLED en 1997.

Au Burkina Faso, le JNIM a mené des offensives soutenues contre l’armée et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). En mai, le groupe a brièvement pris le contrôle des villes de Djibo et Diapaga, démontrant une capacité militaire accrue. En septembre, une embuscade près de Koubel-Alpha dans la province du Soum a coûté la vie à près de 90 soldats, l’un des pires revers militaires du pays.

Au Niger, bien que moins touché que ses voisins, la situation se dégrade. Les activités militantes se répandent dans les régions de Dosso et d’Agadez, autrefois considérées comme stables. L’ISSP a intensifié ses attaques contre le pipeline d’hydrocarbures Bénin-Niger, tandis que l’enlèvement d’un citoyen américain à Niamey en octobre a confirmé l’expansion des menaces jusqu’aux centres urbains.

L’Afrique de l’Ouest en première ligne : une nouvelle frontière pour les groupes armés

L’année 2025 a vu l’émergence d’un nouveau front stratégique dans les zones frontalières entre le Bénin, le Niger et le Nigeria. Cette région, autrefois périphérique, est désormais au cœur des opérations des groupes du Sahel et nigérians.

Au Bénin, le JNIM a multiplié les incursions depuis le Burkina Faso, culminant avec l’attaque du parc W en avril, où plus de 50 soldats ont péri. D’autres offensives ont poussé le groupe vers le sud, notamment dans le département du Borgou, à proximité du Nigeria. Le premier attentat revendiqué par le JNIM au Nigeria a été enregistré fin octobre, marquant une escalade régionale sans précédent.

L’ISSP, quant à lui, a renforcé sa présence dans le sud-ouest du Niger, se rapprochant de la ville de Gaya à la frontière béninoise. Les opérations se poursuivent également dans les États de Sokoto et Kebbi au Nigeria, où les infrastructures critiques sont ciblées.

Cette convergence des théâtres d’opération sahéliens et nigérians crée un environnement conflictuel unique, s’étendant désormais du Mali à l’ouest du Nigeria. Les dynamiques entre groupes rivaux (JNIM, ISSP, Ansaru, etc.) pourraient évoluer vers une compétition accrue pour le contrôle territorial et économique.

Défis pour les régimes militaires : entre pression interne et expansion des groupes armés

Les juntes militaires du Sahel central (Mali, Burkina Faso) sont confrontées à des défis croissants. Le JNIM et l’ISSP contestent désormais la souveraineté sur des territoires ruraux étendus, où ils imposent leur ordre social et taxent les populations. Leur influence s’étend même aux centres urbains autrefois considérés comme sûrs, comme Ayorou et Tillabéri au Niger.

Les groupes d’autodéfense locaux, comme les milices Dozo au Mali, sont sous pression. Beaucoup ont été désarmés ou contraints de négocier avec le JNIM, laissant les communautés dépendantes des arrangements imposés par les groupes armés pour leur sécurité et leur accès aux ressources.

La situation au Burkina Faso est particulièrement préoccupante. Après des années de combats, l’armée et les VDP sont sursollicités. La capacité du JNIM à s’emparer temporairement de villes comme Djibo et Diapaga révèle non seulement l’évolution stratégique du groupe, mais aussi le risque d’une extension des offensives vers des capitales régionales, comme Fada N’Gourma à l’est du pays.

L’engagement russe via l’Africa Corps a montré des résultats limités. Bien que ce dernier ait sécurisé des convois de carburant au Mali, son rôle reste cantonné à des missions logistiques, sans pouvoir inverser la tendance générale. La fragilité des régimes militaires s’accentue, avec un risque accru de divisions internes et de pressions populaires pouvant mener à de nouvelles instabilités politiques.

Perspectives 2026 : vers une fragmentation accrue du Sahel ?

Les dynamiques actuelles laissent présager une année 2026 encore plus instable. L’expansion des groupes armés au-delà du Sahel central, combinée à l’affaiblissement des structures étatiques et des milices locales, crée un environnement propice à une fragmentation territoriale et politique.

Si les régimes du Mali ou du Burkina Faso venaient à s’effondrer sous la pression interne ou externe, un effet domino pourrait s’enclencher, fragilisant davantage les pays voisins. La compétition entre groupes militants pour le contrôle des ressources et des axes stratégiques ne fera qu’aggraver les tensions, avec des répercussions humanitaires et sécuritaires majeures pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

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