une région sous tension : le Bénin face aux bouleversements politiques

L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique marquée depuis le début des années 2020. Plusieurs pays de la sous-région, notamment au Sahel, en Guinée et en Guinée-Bissau, ont été secoués par des coups d’État successifs. Ces événements ont profondément modifié l’équilibre régional, avec des juntes militaires au pouvoir qui remettent en cause les relations historiques avec l’ancienne puissance coloniale, la France.

Dans ce contexte tendu, le Bénin a récemment été le théâtre d’une tentative de putsch visant à renverser le président Patrice Talon, en poste depuis 2016. Les autorités béninoises ont assuré que la situation était désormais « totalement sous contrôle », mais les événements ont laissé des traces, avec plusieurs victimes lors d’affrontements entre mutins et forces loyales.

Le président béninois Patrice Talon en 2022
Le président béninois Patrice Talon en 2022 © LUDOVIC MARIN / AFP

le putsch manqué et la riposte militaire

Dimanche matin, huit militaires ont annoncé à la télévision béninoise leur intention de renverser Patrice Talon. Malgré leur passage à l’antenne, les autorités ont rapidement réagi. Le chef de l’État a déclaré que la situation était maîtrisée, bien que des affrontements aient éclaté entre les putschistes et les forces fidèles au gouvernement. Ces heurts ont fait plusieurs victimes.

Pour rétablir l’ordre, le Bénin a bénéficié du soutien de son voisin nigérian. Abuja a lancé des frappes aériennes sur la base de Togbin, dans la capitale économique Cotonou, où s’étaient retranchés les mutins. Des troupes nigérianes ont également été déployées au sol pour reprendre le contrôle de cette base dans la nuit de dimanche à lundi.

une réponse régionale coordonnée

La CEDEAO a rapidement réagi en annonçant l’envoi de renforts militaires en provenance de quatre pays membres. L’objectif était de préserver l’ordre constitutionnel et de stabiliser la situation. « Notre communauté est en état d’urgence », a déclaré Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, évoquant à la fois la menace jihadiste et les coups d’État récurrents dans la région.

les défis politiques et électoraux du Bénin

Bien que Patrice Talon soit reconnu pour ses avancées économiques, son second mandat touche à sa fin. Il ne peut se représenter en raison de la limite constitutionnelle de deux mandats. Son dauphin, Romuald Wadagni, ministre des Finances, est donné favori pour l’élection présidentielle d’avril 2026. Cependant, le principal parti d’opposition, les Démocrates, a été exclu du scrutin faute de parrainages suffisants.

L’ancien président Thomas Boni Yayi, au pouvoir de 2006 à 2016, a fermement condamné la tentative de putsch. « Je condamne avec la dernière rigueur cette attaque sanglante et ignoble », a-t-il affirmé, tout en réclamant des « élections libres et transparentes ».

Les élections sont devenues un déclencheur d’instabilité dans la région, selon Omar Alieu Touray. Il a également souligné une « érosion grandissante de l’inclusivité électorale » dans plusieurs États de la CEDEAO.

une situation sous surveillance

Une douzaine de militaires ont été arrêtés suite à la tentative de coup d’État, mais certains putschistes, dont le lieutenant-colonel Pascal Tigri, restent en fuite. Deux hauts gradés de l’armée, le chef d’état-major de l’armée de terre Abou Issa et le chef d’état-major de la garde nationale Faïzou Gomina, avaient été pris en otage avant d’être libérés.

Malgré ces événements, la vie a repris son cours à Cotonou, capitale économique du pays. Cependant, la question de la stabilité politique et de la transparence des prochaines élections reste au cœur des préoccupations.

le rôle de la France et la coordination régionale

La France a apporté un « soutien politique total » à la CEDEAO et a participé à un « effort de coordination et d’échange d’informations » avec les pays de la région. Le président Emmanuel Macron s’est entretenu avec Patrice Talon, ainsi qu’avec les dirigeants du Nigeria et de la Sierra Leone, cette dernière assurant la présidence de la CEDEAO.

Ces échanges illustrent l’importance de la coordination régionale pour faire face aux crises politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.