Mali : comment les civils résistent aux pressions du Jnim au quotidien

Dans plusieurs localités du Mali, les blocus imposés par le Jnim transforment la vie en un combat quotidien. En bloquant les axes routiers, en interdisant l’accès aux terres agricoles ou en paralysant les échanges commerciaux, ce groupe armé ne cherche pas tant à s’emparer de territoires qu’à asphyxier les populations. À Marébougou, Saye ou Kori-Maoundé, les habitants doivent désormais composer avec une réalité implacable : la peur, la menace de la famine et l’obligation de négocier sous la contrainte.

Ces mesures, présentées comme des règles sociales ou religieuses, s’apparentent en réalité à une stratégie de guerre asymétrique. Les marchés, autrefois lieux d’échanges et de sociabilité, sont désormais des espaces de tension où les denrées se font rares. Les champs, autrefois cultivés sans entrave, deviennent des zones à haut risque. Face à cette situation, les communautés locales tentent de s’adapter, mais les solutions restent limitées et souvent coûteuses.

À Marébougou, par exemple, les habitants ont dû revoir leurs habitudes alimentaires. Les stocks de céréales s’épuisent, et les prix flambent. Certains se tournent vers des cultures plus résistantes, tandis que d’autres tentent des arrangements avec les autorités locales du Jnim, malgré les risques que cela comporte. La peur est omniprésente : celle de se faire prendre pour un collaborateur, celle de voir ses proches victimes de représailles, ou simplement celle de ne plus pouvoir nourrir sa famille.

À Saye, les femmes jouent un rôle clé dans cette résistance silencieuse. Elles organisent des réseaux d’entraide pour partager les ressources disponibles et contourner les restrictions. Certaines se déplacent de nuit pour éviter les contrôles, d’autres stockent des denrées de base dans des caches improvisées. Pourtant, malgré leur ingéniosité, leur marge de manœuvre reste étroite. Les négociations avec le Jnim sont souvent perçues comme une trahison par une partie de la population, mais elles sont parfois la seule issue pour éviter l’effondrement total.

À Kori-Maoundé, la situation est tout aussi critique. Les routes étant coupées, les approvisionnements en médicaments et en carburant deviennent un luxe. Les écoles ferment, faute d’enseignants ou de moyens, et les enfants se retrouvent privés d’éducation. Les habitants doivent aussi faire face à des normes sociales de plus en plus strictes, imposées sous couvert de religion. Ces contraintes ajoutent une pression supplémentaire à un quotidien déjà difficile.

Face à cette spirale de restrictions, les populations du Mali cherchent des solutions, mais les marges de manœuvre sont réduites. Certaines familles choisissent de fuir vers des zones moins exposées, tandis que d’autres tentent de négocier leur survie au jour le jour. Pourtant, derrière chaque arrangement se cache une question lancinante : jusqu’où peut-on aller avant de perdre ce qui reste de sa dignité ?