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Le recensement au Cameroun face aux critiques de la société civile

Publié le 4 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La quatrième campagne de recensement au Cameroun traverse actuellement une période houleuse. Initialement prévue pour se conclure le 29 mai, cette vaste opération de dénombrement de la population et de l’habitat a été prolongée de deux mois par un décret émanant du chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute. Loin d’apaiser les esprits, cette décision a ravivé les critiques d’une partie de la société civile, qui pointe du doigt une organisation jugée défaillante pour un exercice statistique pourtant essentiel à l’élaboration des politiques publiques.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Philippe Nanga, coordonnateur de l’organisation non gouvernementale Un Monde Avenir, n’a pas hésité à exprimer son mécontentement. Il a dénoncé une « cacophonie générale » entourant un processus qu’il considère comme vital pour la planification nationale. Le responsable associatif a notamment mis en lumière un indicateur frappant de ce désordre logistique : à Douala, la capitale économique du pays, des agents recenseurs ont cessé leurs activités après seulement dix jours sur le terrain, faute d’avoir perçu la moindre rémunération.

Une opération statistique stratégique sous haute tension

Pour tout État, le recensement représente le pilier fondamental de l’action publique. Il détermine le découpage électoral, l’attribution des ressources budgétaires aux collectivités locales, la taille des infrastructures éducatives et sanitaires nécessaires, ainsi que la crédibilité des projections macroéconomiques. Le Cameroun, dont le dernier dénombrement officiel remonte à 2005, souffre depuis plusieurs années d’un manque de données démographiques actualisées. L’enjeu de cette quatrième édition allait donc bien au-delà d’une simple mise à jour numérique.

La prolongation de deux mois révèle implicitement l’ampleur des obstacles rencontrés sur le terrain. Couverture incomplète des zones rurales, retards dans l’acheminement du matériel, formation insuffisante de certains enquêteurs : les difficultés se sont accumulées depuis le début de l’opération. Le mouvement de protestation initié par les agents de Douala, quant à lui, met en évidence une fragilité plus structurelle, celle de la chaîne de paiement et de la gestion des ressources humaines mobilisées pour un chantier d’une telle envergure.

La société civile, sentinelle d’un processus crucial

À travers Un Monde Avenir, Philippe Nanga incarne cette frange d’organisations citoyennes camerounaises qui surveillent attentivement les grands processus institutionnels. Sa prise de parole publique vise moins à discréditer l’opération qu’à exiger une reddition de comptes sur sa conduite. Au-delà de la dénonciation, une question fondamentale se pose : les résultats obtenus dans ces conditions seront-ils statistiquement fiables et politiquement acceptables ? Cette interrogation n’est pas anodine dans un pays où les contestations autour des chiffres officiels, qu’il s’agisse de démographie ou de résultats électoraux, sont fréquentes.

La prolongation décidée par la primature offre en théorie une opportunité de rattrapage. Cependant, il est impératif que les moyens financiers nécessaires soient alloués. Les ONG qui observent le processus alertent sur le risque qu’une opération menée à la hâte ne fournisse, au final, qu’une image partielle de la population camerounaise. Or, les partenaires internationaux tels que la Banque mondiale ou le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui soutiennent traditionnellement ce type d’exercice sur le continent, examinent eux aussi la rigueur méthodologique des dénombrements nationaux.

Un message clair aux pouvoirs publics

Au-delà du cas spécifique du Cameroun, ce débat renvoie à un défi commun à plusieurs États d’Afrique francophone : celui d’organiser des recensements exhaustifs dans des contextes marqués par des contraintes budgétaires strictes, des territoires difficiles d’accès et des enjeux sécuritaires dans certaines régions. Le précédent recensement camerounais de 2005 avait déjà connu des reports successifs avant la publication de ses résultats définitifs en 2010. Deux décennies plus tard, le pays peine encore à inscrire ses opérations statistiques dans des calendriers réalistes.

Il n’en demeure pas moins que l’intervention de Philippe Nanga pourrait peser dans le débat public à mesure que le délai supplémentaire s’écoule. Les autorités sont attendues sur la transparence du dispositif, la régularisation des arriérés dus aux agents de terrain et la communication des indicateurs intermédiaires. À défaut, le quatrième recensement risque de marquer l’histoire administrative camerounaise davantage par ses échecs que par ses contributions scientifiques.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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