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La santé au Burkina Faso : la fin du soin comme privilège de luxe

Publié le 26 décembre 202525 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Pendant de longues années, accéder à un traitement médical relevait du parcours du combattant pour de nombreux citoyens au Burkina Faso. Le coût financier représentait une muraille infranchissable entre les malades et la guérison. Cependant, depuis le 13 mars 2024, une transformation majeure s’opère dans les hôpitaux publics : la réduction drastique des tarifs d’imagerie et la suppression de la caution pour la dialyse redéfinissent l’accès à la santé.

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Un tournant historique pour l’accessibilité financière

Au sein du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, les témoignages soulignent l’importance de ce changement. Madi Diallo se souvient avec émotion de sa sœur, décédée il y a trois ans faute de pouvoir verser les 500 000 F CFA exigés alors pour une dialyse d’urgence. Aujourd’hui, cette barrière n’existe plus. Cette réforme vise précisément à ce que la capacité financière ne soit plus une condition de survie.

Le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Jean Claude Kargougou, a détaillé les nouveaux tarifs appliqués dans le secteur public. Le prix d’un scanner est passé de 50 000 à 25 000 F CFA, tandis que l’IRM, autrefois facturée 100 000 F CFA, ne coûte plus que 40 000 F CFA. Pour les patients souffrant d’insuffisance rénale, la caution de 500 000 F CFA a été totalement supprimée, rendant le soin plus humain et accessible.

Des résultats concrets dans les centres hospitaliers

Sur le terrain, l’impact est immédiat. À Bogodogo, Élodie Ouédraogo exprime son soulagement après avoir payé 40 000 F CFA pour une IRM, un examen qui peut coûter plus du triple dans d’autres structures. Selon Seydou Nombré, directeur général de l’établissement, la suppression de l’avance pour la dialyse et le passage de l’acte d’urgence à 2 500 F CFA changent la donne pour les familles vulnérables.

Cette dynamique se prolonge au Centre hospitalier régional de Ziniaré. Le directeur général, Mady Zorné, observe une diminution significative des évacuations vers Ouagadougou. Grâce à des équipements fonctionnels et des tarifs réduits, les diagnostics sont posés plus rapidement sur place, améliorant ainsi l’efficacité de la prise en charge clinique dans la région de l’Oubritenga.

Le défi de la prise en charge de masse à Yalgado Ouédraogo

Au cœur de la capitale, le CHU Yalgado Ouédraogo fait face à une demande colossale. La Pr Nina Astrid Ouédraogo, chef du service de radiologie, note une augmentation de 38 % du nombre de scanners réalisés en un an. Cette hausse témoigne du besoin immense des populations qui attendaient une telle baisse des coûts.

Dans le service de dialyse, la majore Tuina Nsoma Hélène gère un flux tendu avec 34 machines pour près de 100 patients quotidiens. Si 16 nouveaux patients ont pu intégrer le service sans payer de caution, elle souligne que le défi reste logistique. Elle plaide également pour un allègement des frais d’examens complémentaires qui pèsent encore sur le budget des malades chroniques.

L’espoir grandit à Bobo-Dioulasso

À Bobo-Dioulasso, le CHU Sourou Sanou applique lui aussi ces mesures. Élie Ouattara, venu pour des soins courants, constate une baisse globale des prix qui facilite le quotidien des usagers. Au service de néphrologie, le Dr Hamidou Sawadogo confirme l’intégration de nouveaux patients depuis la gratuité de la caution, tout en appelant à une extension des capacités d’accueil pour répondre aux cas aigus.

Salimata Sanou, traitée pour insuffisance rénale, voit dans cette réforme une reconnaissance de sa dignité. De son côté, Youl Sié plaide pour une décentralisation accrue des centres de dialyse afin d’éviter les déplacements longs et coûteux qui déstabilisent les familles.

Vers une couverture sanitaire renforcée

Bien que des défis structurels subsistent, notamment en termes d’équipement et de personnel, le Burkina Faso avance vers une santé plus équitable. L’inauguration récente du Centre hospitalier universitaire de Pala et de son unité de radiothérapie par le Capitaine Ibrahim Traoré, ainsi que l’annonce de neuf autres hôpitaux de haut standing, marquent une volonté politique forte de transformer durablement le secteur.

Désormais, soigner n’est plus seulement un privilège réservé à une élite, mais un droit qui se concrétise pas à pas pour chaque Burkinabè.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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