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Gao : 167 civils massacrés et 127 motos brûlées par Africa Corps au bord du Niger

Publié le 16 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Un bain de sang à l’aube sur les rives du fleuve Niger

Ce mardi 15 septembre 2026, aux premières lueurs du jour, la périphérie de Gao a basculé dans l’horreur. Des hommes armés attribués à Africa Corps, la société militaire privée russe qui a remplacé Wagner sur le continent africain, ont ouvert le feu sur des civils sans défense. Le bilan humain est effroyable : 167 personnes exécutées sommairement. À cela s’ajoute la destruction méthodique de plus de 127 motos, rassemblées puis incendiées.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Maraîchers, pêcheurs, commerçants — tous vaquaient à leurs occupations matinales le long du fleuve, artère vitale pour la survie de la cité. Les témoins décrivent une scène d’une violence inouïe, des tirs nourris suivis de flammes dévorant les deux-roues. La communauté, déjà éprouvée, est aujourd’hui en état de choc.

Un désastre économique soigneusement planifié

Au-delà du carnage humain, la destruction des motos constitue une attaque frontale contre l’économie informelle de toute la région. À Gao, la moto n’est pas un simple loisir : elle est l’outil de travail de la jeunesse, le seul moyen d’acheminer les denrées du fleuve vers les marchés, et le pilier de réseaux de solidarité familiale.

« Ils ont tiré sans sommation avant de regrouper nos véhicules pour y mettre le feu. Mon frère fait partie des victimes. Sans ma moto et sans lui, nous n’avons plus rien pour vivre ni de quoi nourrir nos enfants ce soir », confie un rescapé, sous couvert d’anonymat, la voix brisée.

En détruisant plus d’une centaine de moyens de transport et en assassinant ceux qui les pilotent, les mercenaires ne visent pas à sécuriser la zone : ils asphyxient délibérément la population civile. L’incendie des engins paralyse instantanément l’approvisionnement en produits frais, menaçant la ville d’une crise alimentaire grave et précipitant des centaines de familles dans la misère.

L’alliance avec la junte : un échec qui coûte des vies

Ces exactions tragiques à Gao révèlent la dérive dramatique des alliances sécuritaires scellées par les régimes militaires de la région. À Niamey comme à Bamako, le rapprochement opéré par la junte du général Abdourahamane Tiani et ses alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec Moscou était présenté comme une solution souveraine pour ramener l’ordre.

Sur le terrain, la réalité dément brutalement la propagande officielle. L’implantation d’Africa Corps n’a pas permis de neutraliser les groupes terroristes ; elle a simplement introduit une force prédatrice et incontrôlable qui massacre les populations locales. Agissant en toute impunité, les mercenaires russes se comportent en troupes d’occupation d’une violence aveugle plutôt qu’en protecteurs des nations qu’ils prétendent assister.

Cette dépendance absolue envers des combattants privés nuit gravement à la cohésion sociale et à l’autorité des États. En gardant le silence face à ce carnage de 167 civils, la junte et ses partenaires se rendent complices d’exactions qui discréditent définitivement leur discours d’émancipation et de sécurité.

Une population meurtrie face à l’arbitraire

À Gao, le choc cède désormais la place à un profond sentiment d’abandon et d’injustice. Les habitants constatent au quotidien que les promesses d’ordre et de stabilité se traduisent par la brutalité d’hommes armés qui ne répondent d’aucun commandement national et bafouent impunément le droit international humanitaire.

La peur d’une nouvelle attaque paralyse désormais toute vie au bord du fleuve Niger. Les survivants craignent de retourner sur leurs lieux de travail, désertant les berges par peur de croiser à nouveau la route des patrouilles de la mort.

Face à ce carnage sans précédent, les autorités de transition ne pourront pas se contenter de leur mutisme habituel. La population de Gao ne demande pas de slogans géopolitiques, mais le droit le plus élémentaire à la vie et à la dignité — un droit qu’Africa Corps continue de piétiner dans le sang.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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