Condamnation détention arbitraire avocate Burkina Faso ini benjamine esther doli

situation alarmante pour une avocate engagée au Burkina Faso

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), alerte sur la condamnation et la détention arbitraire de Maître Ini Benjamine Esther Doli, une avocate et défenseure des droits humains au Burkina Faso. Cette affaire soulève de graves questions sur le respect des libertés fondamentales dans le pays.

Ini Benjamine Esther Doli

un parcours professionnel marqué par l’engagement

Ancienne substitut du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso et ex-Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou (nommée en mai 2019), Ini Benjamine Esther Doli est inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso depuis juillet 2024. Elle s’est illustrée par son engagement en faveur des droits humains et la défense des victimes de violations, dénonçant régulièrement les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè.

une condamnation controversée et une détention toujours en cours

Le 10 novembre 2025, le tribunal de grande instance de Ouagadougou a condamné Ini Benjamine Esther Doli pour « outrage au chef de l’État » (article 352-2 du Code pénal) et « entreprise de démoralisation des forces armées » (article 312-11 du Code pénal). Ces chefs d’accusation sont liés à des propos tenus sur son compte Facebook. Elle a écopé d’une peine d’un an de prison ferme, assortie d’une amende de 1 000 000 F.CFA (environ 1 525 euros).

Maître Doli a fait appel de cette décision, mais elle reste détenue au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou. Elle a accès à ses avocats, à sa famille et aux soins nécessaires. La charge de « trahison » (article 311-2 du Code pénal) a été abandonnée, le procureur estimant que l’infraction n’était pas constituée.

les circonstances troubles de son enlèvement

Ini Benjamine Esther Doli a été enlevée à son domicile à Ouagadougou, dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, vers 1h30. Des individus armés, se présentant comme des membres de la gendarmerie nationale, ont procédé à son arrestation peu après son retour d’un voyage à l’étranger. Juste avant son enlèvement, elle avait publié sur Facebook :

« Brussel Airlines vient précisément d’atterrir à l’aéroport de Ouagadougou […]. Feu Thomas Sankara a fait sa révolution mais nous n’avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd’hui ! Lui au moins, il avait créé des tribunaux populaires pour juger les personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions mais ne se substituait pas à la justice pour faire du n’importe quoi et brutaliser son peuple. »

Cette publication a marqué la fin de ses prises de parole publiques avant son enlèvement.

une voix critique contre les atteintes aux droits humains

Sur les réseaux sociaux, Ini Benjamine Esther Doli dénonçait avec force les violations des droits fondamentaux, notamment :

  • Les intimidations, séquestrations et enlèvements de citoyens, en particulier ceux qui défendent la justice et les droits humains ;
  • Les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè, pointant du doigt la lenteur des procédures et l’entrave à l’indépendance de la magistrature ;
  • L’utilisation des armes achetées avec l’argent des contribuables pour museler la population et empêcher la justice d’agir librement.

Elle expliquait :

« C’est trop lâche et même trop, trop lâche pour ne pas dire immensément lâche, de se servir des armes achetées par l’argent du contribuable pour intimider un peuple, le museler totalement, l’enlever, le séquestrer et par-dessus tout, d’empêcher la justice de faire librement son travail. Quelle terreur inouïe ! »

une répression qui s’inscrit dans un contexte plus large

L’Observatoire rappelle que cette affaire s’ajoute à une série d’enlèvements et de détentions arbitraires visant les défenseurs des droits humains et les journalistes au Burkina Faso. Parmi les cas récents :

  • Amadou Sawadogo, cadre du mouvement citoyen Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 et libéré le 26 mai 2025 ;
  • Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du même mouvement, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu ;
  • Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025 et libérés respectivement les 17 juillet et 21 juillet 2025 ;
  • Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel l’Événement, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.

L’Observatoire souligne également le cas de Me Guy Hervé Kam, avocat et défenseur des droits humains, cofondateur du Balai citoyen. Arrêté à l’aéroport international de Ouagadougou le 24 janvier 2024, il est toujours inculpé et détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».

demandes urgentes pour la libération d’Ini Benjamine Esther Doli

L’Observatoire condamne fermement la condamnation et la détention arbitraire de Maître Doli, qu’il considère comme une mesure visant à la punir pour l’exercice de sa liberté d’expression et son engagement en faveur des droits humains. Il exige des autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso :

  • La libération immédiate et inconditionnelle de Maître Ini Benjamine Esther Doli ;
  • La fin de tout acte de harcèlement, y compris judiciaire, à son encontre et à l’encontre de l’ensemble des défenseurs des droits humains dans le pays ;
  • Le respect des droits à la liberté d’expression et d’association, conformément aux standards internationaux, notamment aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples ;
  • L’ouverture d’une enquête pour identifier les responsables de son enlèvement et de sa détention arbitraire.

comment agir pour soutenir ini benjamine esther doli ?

L’Observatoire appelle la communauté internationale à écrire aux autorités burkinabè pour exiger :

  • La protection physique et psychologique de Maître Doli et de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
  • La libération immédiate et sans conditions de tous les défenseurs des droits humains arbitrairement détenus ;
  • Une enquête transparente sur les circonstances de l’enlèvement et de la disparition forcée de Maître Doli et des autres victimes ;
  • Le respect strict des libertés fondamentales, en particulier la liberté d’expression et d’association.

adresses des autorités à contacter :

Il est également recommandé d’écrire aux représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs.

L’Observatoire reste mobilisé pour suivre cette affaire et invite chacun à agir pour la défense des droits fondamentaux au Burkina Faso.