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Cameroun : le FMI alerte sur les défis de la renationalisation d’Eneo

Publié le 5 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La reprise en main d’Eneo par l’État camerounais, désormais majoritaire au capital, préoccupe le Fonds monétaire international. Dans ses évaluations de mai 2026, l’institution de Washington met en garde Yaoundé contre les potentielles répercussions financières de cette opération. L’ex-filiale du fonds britannique Actis, rebaptisée Société camerounaise d’électricité (Socadel), est à présent détenue à 95% par la puissance publique, les 5% restants revenant aux employés. Le FMI anticipe un accroissement immédiat des charges pour l’État, dont le budget est déjà soumis à de fortes contraintes.

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Un fardeau financier transféré à un budget déjà serré

L’analyse du Fonds est claire : la réintégration du distributeur historique d’électricité dans le giron public transfère des passifs qui étaient jusqu’alors gérés par un opérateur privé. Cette manœuvre reporte sur le budget national des déséquilibres structurels persistants. Les problèmes de tarification, les arriérés de paiement entre administrations et l’accumulation de dettes envers les producteurs indépendants d’énergie pèsent désormais sur les finances publiques.

Le gouvernement camerounais dispose de marges de manœuvre très limitées. Engagé dans un programme avec la Facilité élargie de crédit et le Mécanisme élargi de crédit, le pays doit jongler entre l’assainissement budgétaire, le service de la dette et le financement des dépenses sociales. Assumer en parallèle les besoins de trésorerie de la nouvelle entité électrique nationale complexifie considérablement l’équation. Le FMI insiste sur l’impératif d’empêcher la Socadel de devenir une source de dépenses récurrentes difficiles à maîtriser.

Un modèle économique jugé intrinsèquement déséquilibré

Au-delà des aspects patrimoniaux, la viabilité même de l’opérateur interpelle l’institution dirigée par Kristalina Georgieva. Le Fonds décrit le modèle économique de cette nouvelle entreprise publique comme structurellement déséquilibré. Les tarifs appliqués aux consommateurs ne suffisent pas à couvrir l’intégralité des coûts de production et de distribution, tandis que les pertes techniques et commerciales sur le réseau continuent d’être significatives. Les compensations de l’État, quand elles sont versées, se manifestent sous forme de subventions indirectes ou d’arriérés qui finissent par grever le budget.

La répartition du capital, 95% pour l’État et 5% pour les salariés, vise à impliquer le personnel dans la gouvernance. Cependant, cette structure ne modifie en rien le défi majeur : l’équilibre financier du distributeur. Le FMI rappelle que le départ d’Actis, effectif depuis plusieurs mois, n’a pas été suivi d’une révision du modèle tarifaire ni d’un plan de redressement opérationnel suffisamment détaillé pour rassurer les bailleurs de fonds.

Sécuriser l’électricité sans aggraver le déficit

Le secteur électrique au Cameroun conserve un rôle stratégique primordial. Il est essentiel pour la compétitivité industrielle du pays, la mise en service progressive de grands barrages hydroélectriques comme Nachtigal et Memve’ele, et l’atteinte de l’objectif d’accès universel à l’énergie inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Toute défaillance de la Socadel fragiliserait l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux consommateurs, en passant par le transporteur Sonatrel.

Pour le Fonds, il est urgent de clarifier le mandat de la Socadel, d’établir une trajectoire tarifaire crédible et d’apurer l’ensemble des dettes croisées entre l’État, les producteurs indépendants et le distributeur. Sans ces mesures préalables, le risque d’un recours fréquent à la garantie publique est jugé élevé. Plusieurs missions techniques du FMI sont attendues dans les prochains mois pour examiner la gouvernance de l’entreprise et les conditions d’un retour à l’équilibre opérationnel.

Un autre enjeu de taille concerne le message envoyé aux investisseurs. Le retrait d’un acteur privé majeur du capital d’une entreprise de services publics africaine, suivi d’une renationalisation, soulève des questions sur la clarté du cadre des partenariats public-privé dans ce secteur. Yaoundé devra prouver que la création de la Socadel n’est pas une simple mesure défensive, mais le point de départ d’une réforme plus vaste de la gouvernance énergétique.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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