Bénin : le président Wadagni relance le dialogue avec les dirigeants du Sahel

Une initiative diplomatique audacieuse pour relancer les liens régionaux

Le Bénin amorce une nouvelle ère dans ses relations avec ses voisins sahéliens. Dès son investiture, le président Romuald Wadagni a choisi de privilégier une tournée diplomatique en direction des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une démarche qui rompt avec les tensions persistantes des dernières années et vise à restaurer une coopération essentielle pour la stabilité sous-régionale.

Dès le 2 juin, le chef de l’État béninois s’est rendu à Niamey pour s’entretenir avec le général Abdourahamane Tiani, avant de poursuivre sa mission à Ouagadougou auprès du capitaine Ibrahim Traoré. Cette séquence, suivie de déplacements à Lomé, Abidjan et Accra, s’inscrit dans une volonté affirmée de renouer des liens de confiance avec ces partenaires stratégiques.

L’économie au cœur des échanges

Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances, aborde ces discussions avec une approche pragmatique. Les enjeux économiques occupent une place centrale dans ces échanges, notamment pour le Bénin dont l’activité portuaire dépend largement des corridors sahéliens. La réouverture des frontières et la fluidification des échanges commerciaux figurent parmi les priorités absolues.

Les relations entre Cotonou et les capitales de l’AES avaient été marquées par des tensions récurrentes, incluant la fermeture des frontières, des restrictions commerciales et des désaccords persistants. Ces blocages ont eu un impact direct sur le transit des marchandises et l’approvisionnement énergétique, notamment le pétrole nigérien transitant par le pipeline de Sèmè-Kpodji.

Une feuille de route structurée pour une coopération renforcée

Les discussions engagées par le président béninois s’articulent autour de trois axes majeurs :

  • La sécurité transfrontalière : La reprise d’une collaboration militaire et d’un partage de renseignements est perçue comme indispensable face à l’expansion des groupes djihadistes aux confins du Bénin, du Burkina Faso et du Niger.
  • La relance commerciale : La normalisation des échanges avec le Niger est cruciale pour la reprise des exportations de brut nigérien et le redémarrage des activités logistiques.
  • L’équilibre régional : Après ses étapes sahéliennes, le président béninois se rendra auprès des partenaires de la CEDEAO pour consolider les liens et éviter une fracture définitive entre les blocs ouest-africains.

Les défis d’une réconciliation ambitieuse

Si cette initiative est saluée par les acteurs économiques et les observateurs régionaux, elle s’accompagne de défis majeurs. Les contentieux accumulés au cours des deux dernières années ne pourront être résolus par de simples gestes symboliques. La réussite de cette démarche dépendra de la capacité à traduire les intentions en actes concrets.

En engageant cette tournée dès les premiers jours de sa présidence, Romuald Wadagni affiche une volonté claire : celle d’une diplomatie proactive, guidée par le réalisme et la recherche de solutions pragmatiques. Une approche nécessaire pour naviguer dans un environnement régional en pleine mutation.