Alger mise sur le Mali et le Niger pour contrer l’influence marocaine au Sahel

L’Algérie, confrontée à un recul de son influence diplomatique, multiplie les initiatives envers le Mali et le Niger. Après des mois de tensions avec Bamako, Alger a rétabli ses relations et rouvert son espace aérien aux appareils maliens. Avec Niamey, les échanges se sont intensifiés : livraison d’hélicoptères militaires, relance des projets pétroliers et reprise de la commercialisation conjointe du brut nigérien. Ces gestes s’inscrivent dans une stratégie visant à contrer l’ascension du Maroc dans la région.

Rétablissement des liens avec Bamako : un tournant décisif

Après quinze mois de crise ouverte, l’Algérie a choisi de tourner la page avec le Mali. Le 10 juillet, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, tandis que le gouvernement malien annonçait simultanément la réouverture de son espace aérien aux appareils algériens. Cette normalisation marque un tournant, d’autant plus qu’elle s’accompagne d’une convergence de vues entre les deux pays sur des principes clés comme le respect de la souveraineté des États et le refus de l’ingérence dans les affaires intérieures.

Pour Alger, cette réconciliation dépasse le cadre bilatéral. Le Mali représente en effet le cœur politique de l’Alliance des États du Sahel (AES) et son principal voisin sahélien. La rupture de 2024, consécutive à des tensions autour de l’accord de paix de 2015 et à un incident aérien près de Tinzaouaten, avait illustré l’effritement de l’influence algérienne. En rétablissant le dialogue, l’Algérie cherche à reconstruire une position régionale qu’elle avait perdue.

Le Niger, laboratoire d’une stratégie ambitieuse

Avec le Niger, les gestes algériens sont allés encore plus loin. Le 9 août, Alger a livré quatre hélicoptères militaires aux forces nigériennes : deux Mi-24V d’attaque et deux Mi-171 de transport, accompagnés de munitions et de matériel de maintenance. Peu après, le Premier ministre algérien s’est rendu à Niamey pour lancer le forage du puits Kafra Sud-Est 1, tandis que Sonatrach et la Sonidep annonçaient la première commercialisation conjointe du pétrole nigérien.

Ces actions combinent sécurité, énergie et coopération économique, trois leviers essentiels pour renforcer la présence algérienne au Sahel. Le Niger, membre de l’AES, est devenu un partenaire stratégique, offrant à Alger une profondeur géopolitique et économique face à la montée en puissance du Maroc.

Une bataille d’influence au cœur du Sahel

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso forment désormais le théâtre d’une âpre compétition diplomatique. Ces trois pays, membres de l’AES, ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé leurs liens avec la Russie. Leur recherche de nouveaux alliés a ouvert une brèche que l’Algérie et le Maroc tentent de combler.

Pour Alger, cette recomposition régionale représente à la fois une menace et une opportunité. Alors que le Maroc a su tisser un réseau d’influences variées – diplomatie, investissements, infrastructures et formation religieuse –, l’Algérie mise sur sa puissance militaire, ses ressources énergétiques et sa proximité géographique pour reconquérir du terrain. L’objectif ? Empêcher Rabat de transformer ses avancées en avantages politiques durables.

La rivalité algéro-marocaine : un enjeu bien plus large

La concurrence entre Alger et Rabat dépasse le cadre sahélien. Le dossier du Sahara occidental, où chaque pays défend une position opposée, cristallise cette rivalité. Le Mali a récemment retiré sa reconnaissance de la RASD et soutenu le plan d’autonomie marocain, une évolution qui touche directement les intérêts algériens. Pour Alger, il s’agit moins de conquérir de nouveaux espaces que de limiter les gains de son rival.

Cette politique de rattrapage, dictée par la frustration, révèle une approche réactive. L’Algérie cherche à récupérer des positions perdues plutôt qu’à proposer une vision propre pour le Sahel. Pourtant, pour peser durablement, elle devra dépasser cette logique de réaction et offrir des solutions tangibles aux défis sécuritaires, économiques et politiques de la région.

Une reconquête fragile, mais déterminée

Le rapprochement avec Bamako et les engagements concrets avec Niamey illustrent la volonté algérienne de reprendre pied au Sahel. Le Burkina Faso, bien que moins médiatisé, s’inscrit aussi dans cette dynamique. Cependant, cette stratégie reste fragile. L’Algérie doit encore prouver qu’elle peut offrir une alternative crédible à l’influence marocaine, notamment en matière d’investissements et de coopération économique.

Le gazoduc transsaharien, les projets pétroliers et les équipements militaires forment les piliers de ce retour. Mais pour l’emporter face à Rabat, Alger devra aller au-delà de la simple réaction et construire une offre régionale cohérente, capable de répondre aux besoins des États sahéliens.