Originaire du Val-de-Marne et passionné d’astronomie depuis son enfance, Yéhvann Diouf a vu sa saison basculer entre deux univers en apparence opposés : la gloire continentale avec le Sénégal lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, et les défis quotidiens avec l’OGC Nice en Ligue 1. Arrivé dans le sud de la France à l’été 2025, le gardien de 28 ans a enchaîné les émotions fortes, entre galères collectives, exploits individuels et remise en question.

« Si on vous dit que la saison que vous traversez est dingue, on exagère ? »
Dingue, c’est le mot qui vient immédiatement à l’esprit. Après une campagne éprouvante avec Reims, terminée par une finale de Coupe de France et une relégation en Ligue 2, j’ai enchaîné avec un été précoce pour rejoindre Nice. Entre le troisième tour préliminaire de Ligue des champions face au Benfica et l’adaptation à un nouveau club, tout s’est accéléré. Il a fallu se remettre dans le bain en un temps record, assimiler de nouvelles consignes, une nouvelle équipe… et une nouvelle hiérarchie.
Y a-t-il eu un moment où vous avez senti que cela allait être compliqué ?
Pas forcément au début. On a connu une embellie en octobre avec des victoires contre Rennes (2-1) et Lille (2-0). J’ai cru que l’équipe avait enfin basculé. Mais la série de contre-performances a repris, et le match à Fribourg (défaite 1-3 le 6 novembre) a marqué un tournant. Une défaite en Coupe d’Europe, ça reste dans les esprits. Et derrière, on a enchaîné des revers évitables. La dynamique n’était plus là.
« Ça peut être drôle, ajouter un peu de folklore. Mais surtout, ça ne doit jamais arriver, ma sécurité a été atteinte »
À propos de son intervention musclée pour protéger la serviette d’Édouard Mendy lors de la finale de la CAN
La parenthèse enchantée de la CAN a été un baume. Deux moments m’ont particulièrement marqué : la cérémonie de remise du drapeau avec le président Bassirou Diomaye Faye et l’entraînement à Dakar, où le stade était comble. Les supporters couraient à côté du bus pour nous acclamer. Puis la finale, même si elle a été entachée par des polémiques (victoire du Sénégal sur tapis vert par la CAF, en attente du verdict du TAS). Elle reste un souvenir inoubliable, malgré tout.

Et parce que c’est une histoire folle…
Le match était fou. On aurait préféré que tout se passe différemment, mais le Sénégal a gagné (1). Même si les fédérations africaines et la compétition ont été critiquées, l’essentiel est que le match ait eu lieu et que la victoire revienne aux Lions.
Vous avez conscience qu’on se souviendra plus de vous à cause de l’histoire de la serviette que de certains titulaires ?
J’en ai pris conscience à mon retour au Sénégal. Les gens m’en parlaient sans cesse, me remerciaient. Mon seul mot : si cela a permis à Édouard Mendy d’être dans les meilleures conditions, tant mieux. Mais je regrette que cela se soit produit. Oui, c’est devenu folklorique, mais ma sécurité a été mise en danger.
Vous avez vécu un ascenseur émotionnel entre la CAN et Nice…
Je ne m’y attendais pas. Concentré sur la compétition avec le Sénégal, je suivais de loin les matchs de Nice. De retour, j’ai vite réalisé que j’avais perdu ma place de titulaire. Je suis très vite redescendu sur terre (il rit). C’est la vie. L’entraîneur Julien Puel et le club ont fait confiance à Maxime Dupé, et je respecte cette décision. Elle fait partie des aléas du métier.
Avez-vous mis du temps à vous remobiliser ?
Non, car la CAN a changé ma perspective. Si on avait perdu, j’aurais peut-être mis plus de temps. Mais avec ce trophée, je me suis dit que c’était ainsi. J’avais perdu ma place, il fallait travailler pour la reconquérir. Et c’est ce que j’ai fait.
« Jouer trois matchs aussi capitaux en une semaine, ce n’était pas l’idéal »
À propos de sa fin de saison 2024-2025 avec Reims, marquée par un barrage aller, une finale de Coupe de France et un barrage retour
La Coupe de France vous a permis de retrouver du temps de jeu, avec une séance de tirs au but victorieuse à Lorient en quarts de finale.
J’ai réalisé un bon match, même si mon rôle était limité. On savait que Nice était en difficulté, qu’il fallait gagner des rencontres de justesse. Et Lorient, c’était une revanche à prendre (3).
L’an dernier, avec Reims, on était aussi allés en finale de Coupe de France… avant la relégation. On y a cru contre le PSG, mais ils ont marqué rapidement. Malgré tout, ce fut un moment fort pour les supporters, le président Jean-Pierre Caillot et l’équipe. Même si la descente a été difficile, ces instants restent gravés.
Qu’est-ce qui vous fait dire que l’histoire ne va pas se répéter ?
J’y crois dur comme fer. Nice a son destin entre ses mains (15e avec quatre points d’avance sur Auxerre avant la 31e journée). On a deux matchs décisifs à jouer : à Auxerre (33e journée) et face à Metz (34e et dernière journée). Tout le monde a conscience de la situation.

Vous avez pris la parole dans le vestiaire après la défaite à Strasbourg (1-3). Pourquoi ?
Parce qu’on a tous des parcours différents, mais on vise les mêmes objectifs. Certains n’ont pas connu de descente ou de saison au bord de l’abîme. Il faut parfois oser parler, dire les choses comme on les pense. Ça ne plaît pas toujours, mais c’est nécessaire. Je voulais que tout le monde prenne conscience : « Les gars, c’est à nous de nous battre. Personne ne le fera à notre place. »