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Une transaction trouble au Niger : l’uranium de la SOPAMIN vendu hors des règles

Publié le 6 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Des révélations troublantes émergent concernant une transaction majeure au Niger : un stock d’uranium nigérien, géré par la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN), aurait été cédé à la société roumaine Nuclearelectrica dans des conditions opaques. Cette opération, impliquant un paiement en espèces, des commissions exigées par Moscou et un contournement manifeste du Trésor public, soulève de sérieuses questions sur la gestion des ressources stratégiques du Niger et l’intégrité des circuits financiers nationaux.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Un accord financier en marge des circuits officiels

L’affaire, qui agite les sphères économiques et diplomatiques, concerne un volume de 300 tonnes de concentré d’uranium, plus connu sous le nom de yellowcake. Ce stock, propriété de la SOPAMIN, aurait fait l’objet d’une vente aux modalités pour le moins atypiques. L’acquéreur désigné est l’entreprise publique roumaine SN Nuclearelectrica, un acteur clé dans le domaine de l’énergie nucléaire en Europe de l’Est.

Ce qui retient particulièrement l’attention, ce sont les conditions financières de cet accord. Le règlement aurait été effectué intégralement en espèces, contournant ainsi les mécanismes habituels du Trésor public et les systèmes bancaires internationaux.

Dans le secteur minier, une transaction de cette envergure réglée en liquide est une anomalie flagrante. Les pratiques standards exigent des virements bancaires traçables, garantissant que les revenus soient correctement enregistrés dans le budget national et soumis aux contrôles de l’État. Ce choix d’opérer en dehors du système bancaire traditionnel pose une question fondamentale : pourquoi privilégier des flux financiers aussi discrets, et quelle est la destination finale de ces fonds ?

Une ressource bradée, des bénéfices occultés

Sur le plan économique, le préjudice potentiel pour les finances publiques nigériennes semble considérable. Alors que le cours mondial de l’uranium a connu une nette augmentation suite à la relance de l’énergie nucléaire civile, ce stock aurait été cédé à un prix nettement inférieur aux valeurs du marché.

L’absence d’un appel d’offres transparent a empêché toute compétition, qui aurait pu maximiser les recettes pour l’État. Pour l’économie nationale, les retombées directes risquent d’être minimes. D’une part, la décote accordée réduit drastiquement l’afflux de liquidités dans l’économie réelle. D’autre part, en évitant les comptes du Trésor public, ces capitaux échappent totalement aux mécanismes de péréquation, de fiscalité et d’investissement dans les infrastructures prioritaires. De plus, la manipulation de telles sommes en liquide accroît fortement le risque de détournement de fonds au profit d’intermédiaires non identifiés.

L’influence russe : un coût pour le Niger

Le parcours de ces 300 tonnes de yellowcake s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe, typique de l’actualité du Sahel francophone. En mai 2024, des informations avaient fait état de négociations pour une vente à l’Iran via la SOPAMIN, une initiative rapidement avortée sous la pression diplomatique des États-Unis.

Par la suite, le stock avait été promis à des entités russes, mais le transfert physique n’a jamais eu lieu. Le cargo Matros Shevchenko, appartenant à la flotte marchande russe, avait stationné au port de Lomé pour charger la marchandise, mais était reparti les cales vides, faute d’avoir pu finaliser la logistique dans les délais impartis. Malgré l’échec de ce contrat initial, les acteurs russes ont conservé une position d’influence notable dans les négociations ultérieures.

Pour que la transaction actuelle avec la société roumaine Nuclearelectrica puisse se concrétiser, un « avis de non-objection » a dû être obtenu auprès des interlocuteurs russes. En échange de leur accord pour débloquer le stock, ces derniers auraient exigé un pourcentage direct sur le montant de la nouvelle vente, prélevant ainsi une redevance qui diminue d’autant le montant net revenant, en théorie, aux caisses publiques. Cet épisode met en lumière l’aspect « Sahel politique » de la gestion des ressources.

Les implications pour le cadre réglementaire européen

La finalisation de cet achat par SN Nuclearelectrica soulève d’importantes questions juridiques au niveau européen. La Roumanie étant un État membre de l’Union européenne, ses approvisionnements en matières nucléaires sont soumis à des mécanismes de contrôle particulièrement stricts.

Deux organismes principaux encadrent ces mouvements au sein de l’Union européenne : l’Agence pour l’Énergie Nucléaire, qui veille au respect des normes de sécurité et de transparence sur la chaîne d’approvisionnement, et l’Agence d’approvisionnement d’Euratom, qui doit impérativement valider tout contrat de fourniture de matières nucléaires. Cette dernière dispose d’un droit d’option et surveille la traçabilité des transactions pour prévenir le blanchiment et les distorsions de marché.

Il reste à déterminer si une transaction réglée en espèces et issue d’un circuit non conventionnel peut obtenir l’approbation de l’Agence d’approvisionnement d’Euratom. Si l’opération venait à enfreindre les directives européennes sur la transparence financière et le contrôle des matières fissiles, l’acheteur roumain s’exposerait à de lourdes sanctions réglementaires.

Une exigence de transparence pour l’avenir minier

Il est important de distinguer ce stock de 300 tonnes des autres contentieux internationaux en cours. Le groupe français Orano a déjà confirmé que ce tonnage relevait strictement de la quote-part attribuée à la SOPAMIN, le séparant des volumes faisant l’objet de procédures d’arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements.

La propriété de la SOPAMIN sur ces 300 tonnes n’est donc pas contestée sur le plan du droit minier. C’est bien la gestion opérationnelle et financière de cet actif national qui pose un problème majeur.

Alors que le discours officiel au Niger insiste sur la reconquête de la souveraineté économique et la réappropriation des ressources naturelles, la conduite de cette transaction en dehors des mécanismes de contrôle nationaux et internationaux crée un paradoxe évident. La véritable souveraineté financière implique la reddition de comptes et la protection des actifs nationaux contre tout bradage ou prélèvement par des intermédiaires étrangers. Les citoyens et les observateurs économiques attendent des clarifications officielles et des preuves tangibles du réinvestissement réel de ces fonds dans le Trésor public, garantissant ainsi l’intégrité de l’économie du Niger.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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