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Au Niger, la junte face au défi idéologique des jihadistes

Publié le 6 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Près d’un an après avoir pris les rênes du pouvoir au Niger, le général Abdourahamane Tiani se trouve confronté à une réalité sécuritaire qui ébranle le fondement même de son régime. Le coup d’État du 26 juillet 2023, justifié par la nécessité de restaurer la sécurité nationale face à l’incapacité des autorités civiles, devait marquer un tournant décisif dans la lutte antiterroriste. Cependant, les événements récents soulignent que cette promesse de rupture se heurte à une menace dont la complexité dépasse largement les repositionnements politiques ou diplomatiques.

Écoutez cet articleEnviron 8 min

L’ultimatum idéologique du JNIM

Une vidéo récemment diffusée par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), entité affiliée à Al-Qaïda au Sahel, a mis en lumière la nature profonde du conflit. En s’adressant directement au chef de la junte, le cheikh Albani Al-Ansari ne s’est pas contenté de contester l’autorité de Niamey ; il a exposé la dimension intrinsèquement idéologique de cette guerre. Son message est sans équivoque : les hostilités ne cesseront que si l’État nigérien renonce à sa Constitution républicaine pour adopter un gouvernement régi exclusivement par la Charia.

« Si vous abandonnez la Constitution pour gouverner exclusivement selon la Charia, la guerre entre nous prendra fin. Dans le cas contraire, elle se poursuivra. »

Cette déclaration met en lumière un malentendu stratégique qui semble avoir prévalu lors de la prise du pouvoir par les militaires. Le général Tiani a articulé son discours autour de la souveraineté nationale, dénonçant l’influence occidentale et présentant le départ des forces françaises comme une étape cruciale vers la reconquête de la sécurité. Or, cette lecture purement géopolitique ne correspond pas aux objectifs fondamentaux des organisations jihadistes.

Ces dernières ne combattent pas en priorité une présence étrangère ; elles s’opposent à l’existence même de l’État moderne, de ses institutions, de ses lois et de son modèle républicain. Leur ambition est de substituer un ordre politico-religieux à l’ordre constitutionnel en vigueur. Dès lors, le remplacement des partenaires occidentaux par de nouveaux alliés ou un changement de dirigeants à Niamey n’altère en rien leur stratégie fondamentale.

Les limites d’une approche purement sécuritaire

Cette réalité souligne les lacunes d’un discours qui assimilait la crise sécuritaire à une simple conséquence de choix diplomatiques. Les groupes armés n’ont jamais subordonné leur violence à la présence militaire française ou américaine. Ils poursuivent un agenda idéologique qui transcende les rivalités internationales et s’inscrit dans une logique de conquête territoriale, d’affaiblissement de l’autorité publique et de remise en cause des fondements de l’État. C’est une analyse cruciale pour comprendre l’actualité au Sahel.

Le pari de la junte reposait également sur l’idée qu’une gouvernance militaire permettrait une réponse plus efficace grâce à une centralisation des décisions et à une plus grande liberté d’action des forces armées. Pourtant, malgré les réorganisations entreprises depuis 2023, les attaques continuent de frapper plusieurs régions du pays. Les groupes jihadistes démontrent une capacité d’adaptation remarquable, exploitant les zones faiblement administrées, les tensions communautaires et les difficultés logistiques auxquelles reste confrontée l’armée nigérienne. Les nouvelles du Mali, du Burkina Faso et du Niger convergent sur ce point.

Coût diplomatique et impasse des nouvelles alliances

À cette pression sécuritaire s’ajoute un coût diplomatique et économique considérable. Les sanctions régionales qui ont suivi le coup d’État, la dégradation des relations avec plusieurs partenaires traditionnels et la réduction de certaines coopérations ont profondément modifié l’environnement stratégique du Niger. Même si une partie de ces mesures a évolué avec le temps, leurs conséquences continuent de peser sur les capacités de financement de l’État, sur les investissements et sur les moyens disponibles pour soutenir durablement l’effort de guerre.

Le rapprochement avec de nouveaux partenaires, notamment la Russie et les autres régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES), a permis à la junte de consolider son discours souverainiste. Toutefois, cette recomposition diplomatique n’a pas produit les résultats sécuritaires rapides qui avaient été annoncés. Les populations des zones les plus exposées continuent de vivre sous la menace d’attaques, de déplacements forcés et de la fermeture de nombreux services publics, notamment les écoles et les centres de santé. C’est une réalité préoccupante pour le Sahel politique.

Le piège de la rhétorique religieuse

Le message du JNIM place aujourd’hui le pouvoir militaire face à une contradiction majeure. En multipliant les références aux valeurs religieuses dans sa communication politique afin de renforcer sa légitimité auprès d’une partie de l’opinion, le général Tiani espérait probablement réduire l’espace de propagande des groupes extrémistes. Mais ces derniers retournent désormais cet argument contre lui. Pour eux, la référence à l’islam ne suffit pas ; seule l’instauration intégrale de la Charia est acceptable. Toute autre position fait du régime une cible légitime.

La junte se retrouve ainsi enfermée dans une équation particulièrement complexe. Accepter les exigences formulées par les groupes jihadistes reviendrait à renoncer aux fondements constitutionnels de l’État nigérien et à remettre en cause son existence en tant que République. Les rejeter implique en revanche de poursuivre une guerre longue, coûteuse et incertaine contre un adversaire dont les motivations sont autant idéologiques que militaires.

Une leçon pour le Sahel

Cette situation révèle une leçon plus large pour l’ensemble du Sahel. La lutte contre les organisations jihadistes ne peut être réduite à une question de souveraineté ou d’alliances internationales. Elle exige des institutions solides, une présence effective de l’État sur l’ensemble du territoire, une coopération régionale efficace, une stratégie de développement et une réponse adaptée aux fractures sociales et économiques que les groupes armés exploitent pour recruter. Une Sahel analyse approfondie est essentielle.

En définitive, le général Abdourahamane Tiani découvre que renverser un gouvernement est infiniment plus simple que transformer les dynamiques d’un conflit enraciné depuis plus d’une décennie. En faisant de la souveraineté le principal levier de sa stratégie sécuritaire, il a suscité des attentes considérables. Or, les groupes jihadistes rappellent aujourd’hui que leur guerre ne vise pas un partenaire étranger ou un dirigeant particulier, mais l’État lui-même. Tant que cette réalité ne sera pas pleinement prise en compte, le Niger risque de demeurer prisonnier d’un conflit dont l’issue semble chaque jour plus incertaine.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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