Un journaliste camerounais en exil décrypte les rouages d’un tribalisme qui imprègne la société.
Dans sa tribune, il partage des anecdotes révélatrices sur la façon dont les privilèges ethniques se cachent derrière des apparences académiques et sociales.
L’histoire commence par un échange avec une connaissance originaire du Grand Nord. Cette femme, diplômée de l’ESSTIC et de l’IRIC – deux institutions d’élite camerounaises – et issue d’une famille de cadres, incarne à ses yeux le symbole d’un système qui favorise certains groupes. Pourtant, elle-même n’est pas la plus brillante de sa génération, mais a pu intégrer ces écoles grâce à des concours auxquels même des docteurs échouent régulièrement.
Alors que dans ma famille, depuis l’indépendance, personne n’a jamais eu accès à ces filières prestigieuses. Pourtant, lors d’une conversation, elle a osé déclarer : « Le Cameroun est un pays difficile, sauf pour les Betis qui contrôlent tout et ne se réussissent qu’entre eux. » Le cynisme a atteint son comble lorsqu’elle a ajouté que mon exil depuis vingt ans était dû à de l’« orgueil ». Selon elle, il m’aurait suffi de « demander pardon » aux Betis pour être « bien » intégré au Cameroun.
« Demander pardon pour quel crime ? Pour quelle faute ? » lui ai-je rétorqué. Quand Martinez Zogo, un autre Camerounais, suppliait ses bourreaux – soutenus par des élites de toutes origines – a-t-on vu une once de pitié ? L’assassinat de ce journaliste, financé par des puissants de tous bords, montre que le crime et la corruption n’ont pas de couleur ethnique.
Lui rappeler qu’elle bénéficiait de ce système bien plus que la majorité des jeunes de sa région ou d’autres ethnies n’a rien changé. En une phrase, elle a minimisé vingt ans d’exil, de lutte et de solitude avec une désinvolture blessante.
Ma réponse a été sans appel : je l’ai rayée de ma liste de contacts. Je n’ai aucune indulgence pour les tribalistes, surtout ceux qui en profitent sans même en avoir conscience.
Le message est clair :
Au Cameroun, il n’existe en réalité que deux catégories de personnes :
- Ceux qui détiennent les clés du système : ils placent leurs enfants dans les grandes écoles comme l’IRIC, l’ESSTIC, l’ENAM ou l’EMIA grâce aux réseaux des élites.
- Les autres : ces enfants de familles modestes, obligés de se battre chaque jour pour survivre, parfois en vendant de l’eau à la sauvette.
Le vrai clivage n’est pas géographique, il est social. Ne vous laissez pas abuser par ceux qui dénoncent les marginalisations tout en profitant du système.
J’ai coupé les ponts avec elle, car le tribalisme des privilégiés est le plus pernicieux de tous.
Jean Claude Mbede Fouda
Tribalisme
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