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Cameroun : 163 millions de dollars pour accélérer la transformation numérique des communes

Publié le 9 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans sa volonté de moderniser son administration publique. Les responsables politiques de Yaoundé sollicitent une enveloppe de 163 millions de dollars américains, équivalente à environ 90 milliards de francs CFA au taux actuel, afin de financer la transition numérique des collectivités territoriales décentralisées. L’objectif ? Outiller les communes et régions d’outils digitaux performants pour optimiser la gestion des services publics locaux. Avec plus de 360 communes et dix régions à couvrir, ce projet s’inscrit dans une logique d’efficacité et de proximité.

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Un investissement clé pour renforcer l’autonomie locale

Cette démarche s’appuie sur le Code général des collectivités territoriales décentralisées, adopté en 2019, qui a renforcé les prérogatives des collectivités. Cependant, l’accélération des transferts de compétences n’a pas toujours été accompagnée par des moyens techniques adaptés. La numérisation représente ainsi une solution pour réduire l’écart entre les responsabilités accrues des collectivités et leurs capacités opérationnelles encore inégales.

Les fonds levés permettront notamment de déployer des plateformes de gestion administrative centralisées, de dématérialiser les actes d’état civil, d’informatiser les régies de recettes et de connecter les exécutifs locaux aux systèmes d’information nationaux. Pour des municipalités souvent confrontées à des difficultés budgétaires, cette digitalisation offre une opportunité de renforcer leur autonomie financière grâce à un meilleur recouvrement des recettes locales.

Souveraineté numérique : un enjeu majeur pour le projet

Le choix des partenaires techniques et financiers sera déterminant. Le Cameroun collabore depuis plusieurs années avec des institutions comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou l’Agence française de développement sur des initiatives de gouvernance électronique. Par ailleurs, la Chine s’est imposée comme un acteur clé dans le déploiement d’infrastructures télécoms, notamment via le réseau national construit en partenariat avec Huawei.

Pour un projet impliquant les données sensibles des citoyens et des processus administratifs locaux, la question de l’hébergement des données devient cruciale. Bien que le pays dispose d’un cadre juridique sur la cybersécurité et la protection des données depuis 2010, son application reste perfectible. Le Cameroun devra trancher entre des solutions locales, le recours à des clouds étrangers ou des architectures hybrides, chaque option présentant des avantages et des risques en termes de coût, de résilience et de contrôle.

D’autres pays africains offrent des exemples inspirants. Le Rwanda a développé la plateforme Irembo pour dématérialiser les services publics, tandis que le Sénégal mise sur la Délégation générale à la transformation numérique. Quant au Bénin, il a lancé un guichet unique pour simplifier les démarches administratives, un modèle qui séduit plusieurs pays d’Afrique centrale.

Les obstacles à surmonter pour réussir la transition

Toutefois, la réussite de ce projet ne dépend pas uniquement du financement. Le Cameroun fait face à une fracture numérique persistante, avec des zones rurales mal desservies en fibre optique et en 4G. L’Agence de régulation des télécommunications (ART) et le ministère des Postes et Télécommunications devront coordonner le déploiement des outils numériques avec l’extension des infrastructures de connectivité, sous peine d’aggraver les disparités entre les villes et les campagnes.

Un autre défi majeur réside dans la formation des agents communaux. Sans une montée en compétences des équipes locales sur l’utilisation des outils, la maintenance de base et les fondamentaux de la cybersécurité, les investissements technologiques risquent de rester sous-exploités. Plusieurs partenaires techniques soulignent désormais l’importance d’associer les projets d’équipement à des programmes de renforcement des capacités sur le long terme.

Enfin, l’absence de calendrier précis pour la levée des fonds et la sélection des bailleurs pose question. Le rythme de mise en œuvre de ce projet conditionnera la crédibilité de la stratégie de décentralisation, présentée comme un pilier de la modernisation de l’État camerounais.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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