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Togo : les symboles ne remplacent pas les salles de classe

Publié le 9 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le geste est soigné, l’intention affichée est noble. En adoptant une représentation cartographique du continent africain respectueuse de ses proportions réelles, les autorités togolaises ont orchestré une opération de communication remarquable. Le panafricanisme affiché séduit, mais derrière l’éclat du symbole, la réalité demeure brutale : le plus grand lycée public du Togo se dégrade, sans que cela suscite une réaction notable.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Une nation ne se jauge pas uniquement à l’image qu’elle projette sur une carte. Elle se mesure à l’état de ses établissements scolaires, à la qualité de ses infrastructures éducatives, à la sécurité de ses élèves et aux conditions d’exercice de ses enseignants. Le contraste est saisissant : corriger les proportions d’un continent sur un planisphère relève de l’instant, tandis que la remise en état d’une école exige des décisions budgétaires, des engagements fermes et une volonté politique constante.

Un décalage entre le discours et le terrain

Sur le terrain, le discours panafricain se heurte à la réalité quotidienne d’une jeunesse laissée pour compte. Chaque matin, des milliers d’élèves prennent place dans des salles vétustes, dépourvues de matériel adéquat, sous des toitures qui menacent de céder à la moindre pluie. Dans ces enceintes, la précarité n’est pas une abstraction. Elle compromet directement la sécurité des enfants, la qualité de leur apprentissage et, à terme, leurs perspectives d’avenir.

C’est précisément là que devrait s’ancrer le véritable panafricanisme : dans la salle de classe. La jeunesse africaine ne recouvrera sa dignité pas simplement parce que l’Afrique apparaîtra plus grande sur une mappemonde. Elle la trouvera lorsque ses enfants pourront étudier dans des lieux sûrs, avec des manuels, des laboratoires, des bibliothèques, des outils numériques et des enseignants soutenus.

Ce contraste interpelle sur les priorités de l’État : comment prétendre restaurer la fierté nationale à l’international quand on prive les enfants des conditions minimales d’étude ? À quoi bon une communication panafricaine ambitieuse si, dans le même temps, les infrastructures censées préparer la prochaine génération à porter cette ambition s’effondrent ?

Un choix politique aux conséquences lourdes

La dimension politique ne saurait être éludée par le symbole cartographique. Une école dégradée n’est pas qu’un bâtiment négligé ; elle est le reflet d’arbitrages budgétaires, de priorités administratives et de décisions publiques. Lorsqu’un établissement accueillant des milliers d’élèves se délabre au point de devenir préoccupant, la question n’est plus seulement de savoir qui réparera, mais pourquoi l’entretien et la rénovation n’ont pas été anticipés.

L’éducation devrait constituer l’un des premiers investissements d’un État qui se dit tourné vers l’avenir. Chaque année passée dans des infrastructures inadaptées représente des milliers d’heures d’apprentissage perdues, une motivation qui s’émousse et des inégalités qui se creusent. Les enfants issus des familles les plus modestes sont les premières victimes, car ils disposent rarement d’alternatives lorsque le service public se détériore.

Le problème excède donc largement les murs fissurés, les toits vieillissants ou les salles sous-équipées. Il touche au pacte liant l’État à sa jeunesse. Que dit un gouvernement à ses enfants lorsqu’il leur demande de croire en l’avenir tout en leur offrant des conditions d’étude d’un autre temps ?

Des résultats concrets attendus

Une politique publique sérieuse se juge à sa capacité à produire des effets tangibles dans le quotidien des citoyens. Les inaugurations, les cartes, les discours et les grandes annonces peuvent nourrir le récit politique. Mais l’électeur, le parent et surtout l’élève finissent toujours par regarder ce qui se trouve devant eux : une salle de classe, un toit, un tableau, une chaise, un manuel, un enseignant et des conditions de sécurité acceptables.

Il ne s’agit pas d’opposer la reconnaissance de la véritable superficie de l’Afrique à la construction d’écoles. Il s’agit de rappeler une évidence : les symboles ne doivent jamais se substituer aux politiques publiques. Un État peut défendre simultanément une vision panafricaine ambitieuse et investir massivement dans ses infrastructures scolaires. L’un ne devrait jamais servir à masquer l’absence de l’autre.

Redonner à l’Afrique sa juste taille sur un planisphère ne coûte qu’un trait de crayon. Offrir à des milliers d’enfants une école digne de ce nom exige en revanche des milliards, de la planification, du contrôle et une volonté politique durable. C’est précisément cette différence qui donne à cette situation toute sa portée.

Car la véritable grandeur d’un pays ne se lit pas uniquement sur une carte. Elle se voit dans les écoles qu’il bâtit, dans les enfants qu’il protège et dans les moyens qu’il donne à sa jeunesse pour réussir.

En privilégiant l’éclat des symboles au détriment de l’éducation, le régime ne corrige pas l’histoire : il risque d’hypothéquer l’avenir. Une carte peut redessiner notre regard sur l’Afrique. Elle ne peut pas, à elle seule, construire une salle de classe, sécuriser un toit ou donner à un enfant les moyens de réussir.

Le véritable combat panafricain commence donc là où les caméras sont moins nombreuses : dans les salles de classe, là où se construit réellement l’Afrique de demain.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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