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Ce que le double jeu de Niamey change pour l’aide au Niger

Publié le 8 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Depuis le putsch de juillet 2023, l’armée au pouvoir à Niamey a bâti une stratégie politique lucrative : un souverainisme affiché mais vide. Entre les déclarations guerrières, la sortie de la Francophonie, l’abandon de la Cour pénale internationale et l’expulsion spectaculaire de diplomates, le régime clame haut et fort avoir rompu les chaînes de la tutelle étrangère. Mais derrière ce théâtre destiné à enflammer l’opinion se cache une réalité bien plus pragmatique : le pouvoir nigérien ne peut pas financer son propre État et continue de quémander auprès des institutions qu’il prétend vilipender.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Une mise en scène du contrôle au service de l’argent onusien

L’accueil flatteur réservé au nouveau délégué du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine est un exemple parfait de cette duplicité d’État. Pour sauver les apparences, le pouvoir exige des envoyés onusiens qu’ils reprennent mécaniquement le discours officiel : « Le PNUD n’a aucun projet, il se met à la disposition du gouvernement ».

Cette gymnastique rhétorique arrange tout le monde, mais ne dupe personne. En vérité, le régime adopte un multilatéralisme utilitaire et sans scrupules. Il repousse les organisations internationales dès qu’elles évoquent les droits humains, la démocratie ou la justice (comme la CPI), mais s’empresse de les accueillir à nouveau dès qu’il est question de financer des routes, des fournitures scolaires ou des vivres.

Une souveraineté à la carte qui dément ses propres serments

Prétendre à une « Refondation de la République » et à une « cassure avec le système néocolonial » tout en comptant sur plus de 40 % d’aide internationale pour maintenir l’économie à flot relève de la contradiction flagrante. Où est la logique d’un gouvernement qui dénonce le complot étranger le matin, puis sollicite les financements des agences onusiennes l’après-midi ? Les faits sont têtus :

  • Un déficit budgétaire criant : En dépit des promesses d’autonomie, les finances publiques restent tributaires de la manne multilatérale.
  • Un détournement de l’aide humanitaire : Le pouvoir se sert de la diplomatie du PNUD et d’autres organismes pour acheter une respectabilité internationale à moindre coût, tout en rejetant la responsabilité des difficultés économiques sur les sanctions ou les partenaires extérieurs.
  • Un chantage à la misère : Le gouvernement sait que les agences de l’ONU ne peuvent abandonner les civils. Il exploite cette détresse comme un rempart politique pour imposer ses vues à des institutions qui doivent se taire afin de poursuivre leur travail sur le terrain.

Le mythe du rapport de force

Croire que le Niger impose désormais sa loi à la communauté internationale est une dangereuse illusion. En se brouillant avec les cours internationales et les organisations politiques, tout en restant entièrement tributaire des agences d’aide au développement, le pays ne se libère d’aucune tutelle : il opte simplement pour la forme la plus sournoise de dépendance.

La véritable indépendance ne se jauge pas au nombre de diplomates expulsés ni à la soumission verbale exigée des fonctionnaires onusiens de passage à Niamey. Elle se mesure à la capacité d’un État à collecter l’impôt, à générer des richesses locales et à financer ses écoles et ses hôpitaux sans le secours du PNUD. Tant que la junte se contentera de psalmodier des slogans souverainistes tout en vivant des subventions extérieures, sa prétendue « rupture » ne sera qu’un écran de fumée populiste, un pari politique à court terme dont le peuple nigérien paie le lourd tribut.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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