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Souveraineté alimentaire au Gabon : l’appel des entrepreneurs locaux ignorés

Publié le 12 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

L’arrivée prochaine du groupe guinéen SONOCO, promis à une production annuelle de 15 millions de poulets, a relancé une interrogation majeure au Gabon : pourquoi privilégier des investissements étrangers alors que des acteurs nationaux, comme la SOGADA, démontrent déjà leur capacité à transformer le secteur avicole local ?

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Porté par des ambitions affichées de sécurité alimentaire et de réduction des importations, ce projet soulève un débat plus profond sur la cohérence des politiques économiques gabonaises. Entre annonces spectaculaires et réalités du terrain, la question de la souveraineté économique se pose avec une acuité renouvelée.

Le Gabon, encore largement dépendant de ses importations pour satisfaire ses besoins alimentaires, affiche une volonté de plus en plus marquée de produire localement. Cette orientation, louable en soi, se heurte cependant à une réalité paradoxale. Comment concilier l’urgence de développer l’agriculture locale avec la priorité accordée à des investisseurs étrangers, alors que des entreprises gabonaises, comme la SOGADA, œuvrent depuis plus de dix ans dans ce domaine ?

La SOGADA, un modèle gabonais à valoriser

Fondée en 2013 à Meyang, à proximité de Libreville, la SOGADA incarne pourtant cette ambition de souveraineté alimentaire. Implantée sur plus de 160 hectares, cette entreprise agro-industrielle a mobilisé près de 16 milliards de francs CFA d’investissements privés gabonais. Son approche intégrée, couvrant l’aviculture, la production d’œufs, l’élevage porcin et la transformation de produits locaux, en fait un acteur clé du paysage économique national.

Contrairement aux projets récents, la SOGADA ne se contente pas de promesses. Elle produit déjà, emploie des Gabonais, paie ses impôts et participe activement à la réduction des importations. Pourtant, son expérience et son ancrage local semblent ignorés dans un discours politique qui met davantage en avant des initiatives étrangères.

Des politiques publiques en quête de cohérence

Le contraste entre les discours et les actions interroge. Pourquoi un État qui place la souveraineté économique au cœur de sa stratégie ne soutient-il pas davantage ses entrepreneurs nationaux, qui ont pris des risques bien avant que ce secteur ne devienne une priorité ? La réponse ne réside pas dans une méfiance envers l’investissement étranger, nécessaire pour accélérer le développement, mais dans l’absence d’une vision globale intégrant tous les acteurs.

Les exemples internationaux sont nombreux : la Corée du Sud, le Maroc ou encore le Rwanda ont bâti leur transformation économique en s’appuyant sur des champions nationaux, tout en attirant des investisseurs étrangers complémentaires. Le Gabon pourrait-il suivre cette voie ?

La souveraineté économique, bien plus qu’un slogan

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit, d’abord et avant tout, par la confiance accordée à ceux qui investissent dans le pays. Une politique économique crédible doit donc commencer par reconnaître, soutenir et valoriser les entrepreneurs locaux qui ont déjà prouvé leur engagement.

Le projet SONOCO, s’il se concrétise, apportera des bénéfices indéniables au Gabon. Mais il ne saurait remplacer l’importance stratégique des acteurs nationaux comme la SOGADA. Ces derniers ne demandent pas des privilèges, mais une équité dans l’accès aux opportunités et aux ressources publiques.

Un choix stratégique pour l’avenir

Les autorités gabonaises se trouvent aujourd’hui face à un choix crucial. Soit elles continuent à privilégier des annonces spectaculaires, souvent portées par des acteurs étrangers, au détriment des réalités du terrain. Soit elles adoptent une approche équilibrée, où l’investissement étranger s’ajoute à un écosystème local dynamique et soutenu.

La souveraineté économique ne se mesure pas seulement à l’origine géographique de la production. Elle se juge aussi à la capacité d’un pays à faire émerger, accompagner et protéger ses propres entreprises. Le Gabon a aujourd’hui l’opportunité de faire de cette ambition une réalité.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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