Sénégal : Sonko et Faye s’affrontent sur l’économie du pays

Sénégal : Sonko et Faye s’affrontent sur l’économie du pays

Chérif Salif Sy
Portrait d'Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye en arrière-plan

Le renvoi d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre par Bassirou Diomaye Faye, acté le 23 mai 2026, ne relève pas d’un simple désaccord personnel. Il reflète une incompatibilité profonde entre deux visions économiques radicalement opposées, toutes deux portées par l’ancien duo présidentiel. Deux ans après l’élection de Faye en avril 2024, qui avait nommé Sonko à la tête du gouvernement, les tensions entre les deux hommes ont atteint leur paroxysme sur trois enjeux majeurs : la gestion de la dette publique, l’exploitation des ressources pétrolières et gazières, et la stratégie de financement des projets nationaux.

La dette souveraine, un sujet explosif

Le principal point de rupture réside dans la question de la dette. En septembre 2024, Ousmane Sonko a révélé l’existence d’un endettement massif non déclaré sous le mandat précédent. Une mission du Fonds monétaire international (FMI) a estimé en mars 2025 à environ 7 milliards d’euros les engagements non comptabilisés. Le stock total de la dette dépasse désormais les 100 % du produit intérieur brut (PIB). Le service annuel de cette dette absorbe 5 500 milliards de francs CFA, soit 8,4 milliards d’euros, tandis que les besoins annuels de refinancement s’élèvent à 6 000 milliards de francs CFA (9,1 milliards d’euros). Ces chiffres ont conduit à une dégradation de la note souveraine du Sénégal à trois reprises en moins d’un an.

Face à ce constat, deux approches diamétralement opposées ont été défendues. Ousmane Sonko a choisi de refuser toute restructuration, préférant dénoncer publiquement les pratiques du régime précédent. Sa stratégie visait à mobiliser l’opinion nationale, la diaspora et ses soutiens militants autour de cette dénonciation. Il refusait ainsi de porter la responsabilité d’un accord avec les institutions internationales, perçu comme une validation des erreurs passées. À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye a privilégié une voie plus pragmatique : engager des négociations avec le FMI, recevoir une délégation de l’institution en novembre 2025 et lancer un dialogue national en mai 2026.

Cette divergence s’explique par des logiques politiques et économiques irréconciliables. La position de Sonko, bien que mobilisatrice pour sa base, devenait économiquement insoutenable face à l’urgence de refinancer la dette et d’éviter un risque de défaut souverain dès 2028. Pourtant, elle lui offrait une légitimité intacte auprès de son parti, le Pastef, qu’il avait fondé en 2014.