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Sénégal : seulement 18 mairesses sur 558 communes, le défi de la parité politique

Publié le 20 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Sénégal : seulement 18 mairesses sur 558 communes, le défi de la parité politique

Le Sénégal, souvent cité comme un modèle démocratique en Afrique, fait face à un paradoxe frappant : malgré un cadre juridique progressiste en matière d’égalité entre les sexes, la représentation des femmes dans les instances de décision reste largement insuffisante. Les dernières élections législatives ont confirmé ce constat alarmant, avec seulement 18 mairesses sur 558 communes et 3 femmes présidentes de conseils départementaux sur 43.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Des avancées légales, mais des réalités persistantes

Depuis plusieurs décennies, le Sénégal a posé les bases d’une égalité formelle entre les sexes. La Constitution de 2001 consacre cette égalité, tandis que la loi sur la parité adoptée en 2010 a marqué une étape historique. Le pays a également ratifié des conventions internationales majeures protégeant les droits des femmes. Pourtant, ces avancées ne se traduisent pas concrètement dans les sphères du pouvoir.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : lors des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024, la représentation féminine à l’Assemblée nationale est passée de 44,2 % à 41 %. Pire encore, seulement 13 % des têtes de listes électorales étaient des femmes. Ces données révèlent des obstacles structurels persistants : inégalités d’accès au financement politique, manque de visibilité médiatique, et résistances culturelles profondément ancrées.

Un séminaire pour briser les barrières

Pour répondre à cette urgence, le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD), point focal au Sénégal, organise depuis hier un séminaire dédié à la participation politique des femmes. Bator Seck, figure centrale du réseau, rappelle que les femmes sénégalaises jouent un rôle essentiel dans la construction du pays : elles dirigent des communautés, soutiennent l’économie locale, portent des combats sociaux et innovent chaque jour. Pourtant, leur accès au leadership reste entravé par des mécanismes systémiques.

« Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils reflètent des inégalités persistantes dans l’accès au pouvoir, au financement, et aux espaces de décision », souligne-t-elle. Le RFLD déploie une initiative afroféministe régionale, soutenue par le programme SEA-T du BMZ et l’appui de la GIZ, visant à renforcer la participation politique des femmes en Afrique de l’Ouest francophone.

Une cohorte de 30 femmes leaders engagées

La rencontre rassemble une trentaine de femmes aux profils variés : parlementaires, cheffes de parti, élues locales, activistes et dirigeantes d’organisations de la société civile. Issues de différentes générations et sensibilités politiques, elles partagent une ambition commune : transformer durablement la participation des femmes au Sénégal.

« Nous allons partager nos expériences, analyser les défis et construire des stratégies communes pour influencer les politiques publiques et les processus électoraux », explique Bator Seck. « La démocratie ne peut être complète tant que les femmes restent sous-représentées. L’avenir du Sénégal doit se construire avec les femmes, et non plus pour elles. »

Renforcer la confiance et les compétences des femmes

Lors de cette rencontre, Maman Diouf Fall, représentante du ministre de la Famille et des Solidarités, a mis en lumière un autre défi majeur : le renforcement de la confiance en soi des femmes engagées. Beaucoup de femmes possèdent les compétences et la légitimité nécessaires, mais hésitent à occuper des postes de leadership en raison de pressions sociales, de stéréotypes persistants et d’un manque d’accompagnement structuré.

Elle insiste également sur l’importance de la formation : « Dans un environnement politique exigeant, les femmes doivent accéder à des programmes de qualité sur le leadership, la communication politique et la gouvernance. Sans investissement durable dans leur capital humain, les progrès resteront limités. »

Des inégalités territoriales et générationnelles

Les disparités d’accès à la formation sont criantes. Les dispositifs de renforcement des capacités sont souvent concentrés dans les grandes villes, excluant les femmes rurales et celles issues des zones les plus vulnérables. « Les jeunes femmes ont besoin de modèles, de réseaux de solidarité et de mentorat pour les accompagner dans leur parcours de leadership », ajoute Maman Diouf Fall.

Elle rappelle que l’autonomisation économique des femmes est un pilier incontournable pour une participation politique durable. « Une femme doit pouvoir concilier responsabilités publiques, familiales et professionnelles. Cela passe par une autonomie financière et une stabilité professionnelle. »

Des actions concrètes pour une gouvernance inclusive

La Direction de la Famille a mis en place plusieurs initiatives pour renforcer les capacités des femmes et des adolescentes : formations au leadership, éducation à la citoyenneté, accompagnement psychosocial et sensibilisation aux droits humains. Ces actions visent à protéger les filles, lutter contre les mariages précoces, et promouvoir leur maintien à l’école.

« Notre responsabilité collective est de créer les conditions d’une participation pleine et effective des femmes à la vie publique », conclut Maman Diouf Fall. « Cela implique une transformation sociale continue, une sensibilisation communautaire renforcée, et un accompagnement des jeunes filles vers les espaces de décision. »

Par Zara Hassane — Grand reporter

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