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Sénégal : le Conseil constitutionnel enterre la révision constitutionnelle après un recours présidentiel

Publié le 10 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Une décision lourde de conséquences a été rendue publique ce jeudi au Sénégal. Le Conseil constitutionnel a choisi d’annuler la loi de révision constitutionnelle adoptée fin juin par l’Assemblée nationale, après une saisine en urgence du président Bassirou Diomaye Faye. Les « Sages » ont estimé que la procédure législative utilisée pour voter ce texte majeur était entachée d’irrégularités, confirmant ainsi leur rôle de rempart contre les excès du pouvoir.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Une saisine sans précédent pour un texte controversé

Le projet de loi, qui prévoyait une refonte en profondeur des institutions sénégalaises, avait été adopté le 29 juin 2026 par les députés. Ce texte ambitieux visait notamment à rééquilibrer les pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, à interdire au chef de l’État de diriger un parti politique et à créer une Cour constitutionnelle indépendante.

Contre toute attente, c’est le président Bassirou Diomaye Faye lui-même qui a saisi le Conseil constitutionnel le 6 juillet, en introduisant un recours en procédure accélérée. Contrairement aux apparences, cette démarche ne remettait pas en cause le fond des réformes, mais ciblait exclusivement les vices de procédure lors du vote parlementaire. Les arguments présentés par la présidence étaient étayés par des preuves solides : procès-verbaux des débats, amendements gouvernementaux rejetés et enregistrements des séances.

Deux motifs juridiques majeurs pour invalider la loi

Les juges constitutionnels ont justifié leur décision en s’appuyant sur deux violations flagrantes de la Constitution sénégalaise, conformément à l’article 82.

Premièrement, le texte a été jugé non conforme car il prévoyait la création de charges publiques sans compensation financière. Les Sages ont rappelé un principe intangible : aucun amendement ou proposition parlementaire ne peut entraîner une baisse des ressources publiques ou une augmentation des dépenses sans contrepartie budgétaire explicite.

Deuxièmement, la haute juridiction a constaté que l’Assemblée nationale avait ignoré les objections formelles du gouvernement, refusant notamment d’ajourner les débats malgré la demande expresse de l’exécutif. Cette attitude a été interprétée comme une violation des prérogatives de l’exécutif dans le cadre de la navette législative.

« La procédure irrégulière adoptée porte atteinte à la validité même de la loi de révision », a souligné le Conseil dans sa décision, entraînant l’annulation immédiate du texte avant toute promulgation ou soumission à un référendum.

Un arbitrage judiciaire qui redéfinit les rapports de force

Cette décision marque un tournant dans l’histoire politique récente du Sénégal. Si certains membres du parti majoritaire y voient une simple correction technique, l’opposition y voit une victoire de la raison face à une précipitation législative dangereuse.

Au-delà des clivages politiques, cette affaire illustre la robustesse et l’indépendance de la justice constitutionnelle sénégalaise. En invalidant la loi n°18/2026, le Conseil rappelle avec force que même les réformes les plus audacieuses doivent se plier aux exigences strictes de la Constitution.

Pour le président Bassirou Diomaye Faye et son équipe, l’enjeu est désormais de repenser leur stratégie pour concrétiser les réformes promises aux citoyens. Plusieurs options s’offrent à eux : présenter un nouveau texte经过修改, ou opter directement pour un référendum populaire afin de contourner les blocages institutionnels.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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