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Sahel : quand la sécurité se paie au prix du sang sous l’ombre russe

Publié le 10 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

L’alliance militaire avec Moscou, un pari risqué pour les juntes sahéliennes

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger misent sur l’appui de la Russie pour sécuriser leurs territoires, présentant cette collaboration comme un tournant historique vers une autonomie stratégique. Pourtant, loin de marquer une rupture définitive avec les anciens partenaires, cette relation exclusive soulève une question cruciale : pourquoi les violences persistent-elles malgré les promesses de stabilisation ?

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Des résultats militaires en demi-teinte malgré les moyens engagés

Les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) justifient leur pivot vers Moscou par la nécessité d’obtenir des résultats rapides contre les groupes armés. Pourtant, les faits démentent cette ambition. Malgré l’arrivée de drones, d’armes modernes et de conseillers militaires russes, les attaques terroristes restent aussi fréquentes qu’avant. Les garnisons deviennent des cibles privilégiées, les villages sont régulièrement assiégés, et des milliers de civils fuient leurs foyers, traqués par une insécurité endémique.

Les dernières données disponibles révèlent une escalade tragique : en 2025, plus de 10 000 personnes ont péri dans des violences liées aux conflits armés au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Le centre du Sahel s’impose ainsi comme l’un des épicentres mondiaux de l’instabilité, où chaque jour apporte son lot de drames.

Une crise humanitaire qui s’étend, faute de solutions durables

Au-delà des chiffres effrayants des victimes, la crise prend une ampleur sans précédent. Selon les dernières estimations, plus de cinq millions de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile dans ces trois pays, fuyant les combats et les exactions. Les écoles ferment les unes après les autres, privant des centaines de milliers d’enfants d’éducation, tandis que les centres de santé deviennent inaccessibles dans les zones les plus exposées.

Chaque nouvelle attaque se solde par des familles brisées, des villages fantômes et des économies locales en ruine. Les populations, prises en étau entre les groupes armés et les forces de sécurité, paient un tribut humain et matériel de plus en plus lourd.

Un fardeau financier qui s’alourdit

La guerre coûte cher, très cher. Les budgets militaires explosent, les dépenses en armements s’enchaînent, et les ressources publiques se concentrent sur la sécurité. Pourtant, les besoins essentiels des populations – santé, éducation, agriculture, infrastructures – restent largement ignorés. Les gouvernements doivent désormais arbitrer entre financer des opérations militaires coûteuses et investir dans des secteurs capables de s’attaquer aux racines de l’insécurité.

Plus le conflit s’étire, plus la dépendance envers Moscou se renforce. Une logique paradoxale se dessine : plus la situation sécuritaire se dégrade, plus les juntes sollicitent l’aide russe, créant un cercle vicieux où l’assistance extérieure devient une nécessité plutôt qu’une solution.

La Russie, gagnante invisible d’une stratégie contestée

Si les résultats militaires laissent à désirer, Moscou en sort incontestablement gagnante. Chaque nouvel accord militaire élargit son influence en Afrique, chaque livraison d’équipements renforce sa présence stratégique. Le Sahel, riche en ressources naturelles comme l’or et l’uranium, devient un terrain d’expansion pour la diplomatie russe, bien au-delà du simple volet sécuritaire.

Politiquement, économiquement et même médiatiquement, la Russie étend son emprise. Les juntes, dépendantes de son soutien, lui offrent une tribune inespérée pour promouvoir son modèle d’alliance, tout en consolidant des partenariats lucratifs.

Une souveraineté retrouvée… ou une illusion stratégique ?

Les dirigeants de l’AES présentaient leur alliance avec Moscou comme la clé d’une souveraineté enfin retrouvée. Pourtant, les faits interrogent. Si cette coopération était censée marquer un tournant décisif contre le terrorisme, pourquoi les violences continuent-elles de faire rage ? Pourquoi les populations subissent-elles toujours plus de déplacements et de pertes ?

Le conflit sahélien, complexe et multiforme, ne saurait être réduit à une seule cause. Les facteurs politiques, économiques et communautaires jouent un rôle majeur dans son enracinement. Mais une chose est certaine : l’alliance russe, présentée comme la solution miracle, n’a pas tenu ses promesses en matière de sécurité.

Le paradoxe est cruel. Plus le conflit s’éternise, plus les juntes dépendent de Moscou, plus les civils paient le prix fort. Entre les familles endeuillées, les villages abandonnés et les millions de déplacés, c’est bien la population sahélienne qui supporte l’essentiel du fardeau, tandis que la Russie affine son influence dans une région stratégiquement cruciale.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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