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Prix des œufs au Burkina Faso : pourquoi le plafond imposé menace toute la filière avicole

Publié le 10 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

prix des œufs au Burkina Faso : pourquoi le plafond imposé menace toute la filière avicole

Le secteur avicole burkinabè fait face à une décision gouvernementale qui pourrait bien sonner le glas de sa survie. Les autorités ont en effet décidé de fixer un prix maximal pour l’œuf de consommation à 100 F CFA l’unité, soit 2 600 F CFA pour un plateau de 26 œufs destiné aux grossistes et 2 750 F CFA pour les détaillants. Si cette mesure est présentée comme une avancée sociale, elle révèle surtout l’ampleur des contradictions entre les ambitions économiques de l’État et les réalités d’un marché déjà sous tension.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un contrôle des prix qui ignore l’inflation des coûts de production

Comment justifier une telle décision alors que les coûts des intrants avicoles, notamment la provende, ont connu une hausse vertigineuse ces derniers mois ? Le maïs, les tourteaux de soja et de coton, ainsi que les compléments minéraux, indispensables à l’alimentation des volailles, voient leurs prix fluctuer au gré de l’inflation, des tensions logistiques et des crises d’approvisionnement. Pourtant, le gouvernement impose un tarif de vente sans proposer de mesures compensatoires pour les producteurs.

Résultat : les aviculteurs se retrouvent dans l’obligation de vendre à perte ou, dans le meilleur des cas, à marge quasi nulle. Une stratégie économique qui, au lieu de protéger le consommateur, condamne à court terme l’ensemble de la filière à une asphyxie progressive.

Une atteinte à la liberté entrepreneuriale aux conséquences désastreuses

La liberté d’entreprendre repose sur un principe simple : celui de pouvoir fixer ses prix en fonction de ses coûts réels et de ses investissements. En décidant unilatéralement du prix de vente de l’œuf, l’État ne régule plus le marché, il sape les fondements mêmes de l’économie de marché. Pourquoi un entrepreneur prendrait-il le risque d’investir des millions dans des infrastructures avicoles, de s’endetter auprès des banques ou d’embaucher une main-d’œuvre locale, si ses revenus sont artificiellement limités par un décret déconnecté des réalités du terrain ?

Cette ingérence dans la gestion privée des entreprises envoie un signal alarmant aux investisseurs, qu’ils soient locaux ou étrangers. Elle instaure un climat d’incertitude où la confiance dans les règles du jeu économique s’effrite, au détriment de l’attractivité du Burkina Faso.

Les scénarios catastrophes qui menacent la filière avicole

L’histoire économique a maintes fois démontré que les plafonds de prix arbitraires aboutissent à des résultats contre-productifs. Dans le cas du Burkina Faso, plusieurs risques majeurs se profilent :

  • La disparition des petits producteurs : Moins armés financièrement que les grands groupes industriels, les aviculteurs indépendants seront les premiers à faire faillite, entraînant la perte de milliers d’emplois locaux.
  • Une baisse drastique de la production : Face à des marges insuffisantes, les éleveurs seront contraints de réduire leurs cheptels pour limiter les pertes, ce qui aggravera la pénurie.
  • L’émergence d’un marché noir : La raréfaction des œufs sur les étals officiels poussera les consommateurs à se tourner vers des circuits parallèles, où les prix exploseront, bien au-delà des 100 F CFA réglementaires.

Ironie de la situation : cette mesure, censée protéger le pouvoir d’achat des ménages, pourrait bien aggraver la précarité en rendant les œufs inaccessibles pour les catégories les plus modestes.

Vers une régulation équilibrée : priorité à la production plutôt qu’au prix

Il existe pourtant des solutions pour concilier accessibilité et viabilité économique. Plutôt que de brider les prix à la sortie des fermes, l’État pourrait agir en amont pour soutenir la production :

  • Subventionner la provende et les intrants avicoles pour réduire les coûts de production.
  • Exonérer de taxes les équipements et matériaux nécessaires à l’aviculture.
  • Faciliter l’accès au crédit pour permettre aux éleveurs d’investir et de moderniser leurs infrastructures.

Ces leviers, bien plus que le contrôle des prix, permettraient de stabiliser l’offre tout en maintenant des tarifs abordables pour les consommateurs. Ignorer cette réalité revient à sacrifier la souveraineté alimentaire du pays sur l’autel d’une mesure populiste et contre-productive.

Le Burkina Faso doit choisir : soit il libère les prix et soutient activement ses producteurs, soit il poursuit cette voie dangereuse qui mène droit à l’effondrement de la filière avicole et à une dépendance accrue aux importations.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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