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Sahel: entre hommages officiels et la dure réalité de l’insécurité persistante

Publié le 12 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

À la suite d’une récente rencontre des ministres de la Défense des nations membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), Bassolma Bazié, président de la CN-CES, a rendu un vibrant hommage à l’engagement et aux sacrifices des Forces de défense et de sécurité (FDS) du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ce discours, empreint de reconnaissance, a mis en lumière la défense de l’intégrité territoriale, la protection des citoyens et la quête d’une souveraineté qualifiée d’historique.

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Toutefois, ce panégyrique officiel soulève une interrogation pressante au sein de l’opinion publique : ces affirmations de progrès et de satisfaction sont-elles en adéquation avec le quotidien des populations sur le terrain ?

Depuis la genèse de l’AES, les autorités des trois pays sahéliens mettent constamment en avant une souveraineté retrouvée et une autonomie stratégique consolidée. Pourtant, l’actualité sahélienne révèle une réalité bien différente : de nombreuses localités continuent d’être le théâtre d’attaques armées, provoquant des déplacements massifs et maintenant un niveau d’insécurité Sahel AES qui demeure un défi majeur. Dans ce contexte, les hommages répétés aux forces de sécurité, aussi légitimes soient-ils face aux sacrifices consentis par les soldats, ne parviennent pas à combler les attentes des citoyens, qui mesurent l’action politique à l’aune des résultats concrets.

Ce fossé est d’autant plus criant lorsque l’on considère le coût humain de cette crise persistante. Tandis que les forces armées paient un lourd tribut, succombant au front, l’existence des civils se résume à une lutte acharnée pour la survie. Des milliers de familles sont contraintes à l’exode, cherchant désespérément refuge dans les pays voisins, à la recherche de la paix et de la sécurité que leur propre État ne parvient plus à leur garantir. Voir des citoyens devenir des réfugiés au-delà de leurs frontières nationales est le signe le plus manifeste que la souveraineté célébrée dans les sphères ministérielles reste un idéal lointain pour ceux qui en subissent les conséquences directes.

Face à cet exode et à ces pertes tragiques, la posture des dirigeants, qui se limitent à des hommages officiels et à des discours posthumes, soulève une question brutale : une telle approche est-elle réellement capable d’assurer la sécurité du peuple ou d’endiguer le nombre croissant de victimes ? Les faits tendent à démontrer le contraire. Les éloges funèbres et les décorations ne suffisent pas à renforcer les lignes de front, à protéger les villages isolés ni à ramener les vies perdues. En se contentant de magnifier le sacrifice des soldats au lieu de corriger les lacunes stratégiques qui conduisent à leur perte, l’action politique semble se dissoudre dans le symbolique, laissant les causes profondes de l’insécurité inchangées.

La mission fondamentale d’une politique de défense est d’améliorer concrètement la sécurité des populations. Lorsque les civils vivent toujours sous la menace constante d’attaques, que des zones entières demeurent inaccessibles et que les crises humanitaires persistent, les discours vantant les succès de la stratégie sécuritaire peuvent paraître déconnectés des réalités du terrain.

La notion de « souveraineté réelle » mérite également d’être examinée en profondeur. Pour de nombreux observateurs de la Sahel politique, la souveraineté ne se limite pas à l’affirmation d’une indépendance politique ou diplomatique. Elle s’évalue aussi par la capacité de l’État à garantir la sécurité, à assurer la libre circulation des personnes, à protéger les services publics essentiels et à offrir des perspectives de stabilité à ses citoyens. Sur l’ensemble de ces indicateurs, les défis restent considérables dans l’espace du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Les militaires engagés au front paient souvent un très lourd tribut, et leur dévouement est unanimement reconnu. Toutefois, rendre hommage aux soldats ne délie pas les responsables politiques de leur devoir d’évaluer de manière transparente l’efficacité des stratégies mises en œuvre. Les sacrifices consentis par les forces armées devraient s’accompagner d’une réflexion approfondie sur la pertinence des choix militaires et politiques, afin de s’assurer que les objectifs annoncés sont bel et bien atteints.

En définitive, la meilleure façon d’honorer les forces de défense ne réside pas uniquement dans les déclarations officielles. Elle consiste avant tout à créer les conditions d’une amélioration durable de la sécurité et du quotidien des populations. Tant que les habitants continueront de subir les conséquences de l’insécurité Sahel AES, les proclamations célébrant une souveraineté pleinement acquise risquent d’être accueillies avec un scepticisme grandissant par une partie de l’opinion publique.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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