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Romuald Wadagni prend les rênes du Bénin : entre continuité et nouveaux défis

Publié le 24 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Romuald Wadagni, qui célébrera ses 50 ans le mois prochain, a officiellement pris ses fonctions pour un mandat de sept ans, renouvelable. Son investiture, marquée par une cérémonie sobre, s’est déroulée dimanche matin au palais présidentiel de Cotonou, la capitale économique du Bénin.

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Devant le greffier en chef de la Cour constitutionnelle, le nouveau chef d’État a prêté serment. Contrairement à d’autres événements diplomatiques, aucun chef d’État étranger n’était convié, une pratique déjà observée lors des précédentes investitures récentes dans le pays.

Son élection, survenue le 12 avril, fut en grande partie une formalité. Face à un unique adversaire, Paul Hounkpè, dont le parti, les Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), a depuis rejoint la majorité présidentielle, la voie était dégagée. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates, n’avait pu se présenter, faute d’un nombre suffisant de parrainages, et traverse actuellement une période de crise profonde.

Après avoir reçu l’onction constitutionnelle, Romuald Wadagni a prononcé un discours inaugural. Il a d’abord rendu un vibrant hommage à son prédécesseur, avant de réaffirmer les engagements clés de sa campagne.

« Une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations », a-t-il affirmé, soulignant l’importance d’un développement inclusif.

S’adressant spécifiquement à la jeunesse béninoise, il a déclaré : « Aux jeunes du Bénin qui refusent les fatalités anciennes et veulent réussir ici chez eux par leur travail, je veux dire ceci : le Bénin croit en vous et il vous donnera les chances de réussir. »

Décrispation avec les voisins du Sahel

Le nouveau président devrait s’inscrire dans la continuité des grands chantiers de développement économique du Bénin, initiés par son prédécesseur. En tant qu’ancien ministre des Finances, Romuald Wadagni a d’ailleurs joué un rôle prépondérant dans l’élaboration et la mise en œuvre de ces politiques.

Un autre défi majeur qui l’attend est la gestion de la sécurité dans le nord du pays. Cette région est en effet confrontée à des violences récurrentes de la part de groupes jihadistes, qui tentent de recruter au sein de la population béninoise.

« Le Bénin ne cèdera ni à la peur ni au relâchement. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité », a martelé M. Wadagni dimanche, lançant un appel à la collaboration avec les pays voisins pour une meilleure stabilité régionale, un point crucial dans l’actualité Sahel francophone.

Sur le plan diplomatique, ce dirigeant francophile devra œuvrer à la réconciliation de son pays avec ses voisins sahéliens, notamment le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Ces nations, gouvernées par des juntes souverainistes ayant pris leurs distances avec l’Occident, accusent régulièrement le Bénin de vouloir les déstabiliser, complexifiant la Sahel politique.

Un signe prometteur de décrispation a été observé dimanche : le Niger a dépêché son Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, chaleureusement applaudi lors de la cérémonie. Le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères, témoignant d’une volonté de dialogue dans les nouvelles Mali Burkina Niger.

Les premières décisions de M. Wadagni concernant les libertés publiques seront scrutées avec une attention particulière. Son prédécesseur, Patrice Talon, avait été accusé d’un virage autoritaire, marqué par l’emprisonnement de plusieurs opposants de premier plan.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a d’ailleurs interpellé Romuald Wadagni cette semaine, l’exhortant à « inscrire la promotion de la liberté de la presse parmi les priorités » de son mandat et à œuvrer à la libération des journalistes détenus.

Conformément à une réforme constitutionnelle qui harmonise tous les scrutins, le Bénin entre désormais dans une période de plus de six ans sans élection, qu’elles soient nationales ou locales.

Issu d’une famille d’intellectuels – son père, Nestor, était un économiste béninois de renom, et sa mère, une entrepreneure –, « RoW », comme le surnomment ses partisans, est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays, près du Togo.

Il se dit profondément attaché à son terroir et aime rappeler qu’il possède une exploitation agricole qu’il n’a jamais délaissée. Cependant, sa première carrière professionnelle s’est déroulée loin du Bénin : après des études en finance à l’École supérieure de commerce de Grenoble en France, il a poursuivi une formation à Harvard, aux États-Unis. Il a ensuite rejoint le prestigieux cabinet Deloitte, où il est devenu associé et a notamment géré les opérations africaines.

En avril 2016, quelques mois avant ses 40 ans, Patrice Talon, fraîchement élu président, lui confie les rênes du ministère de l’Économie et des Finances. Sa mission : mettre en œuvre un ambitieux programme de réformes économiques.

Sous sa direction, le Bénin a assaini ses finances, réduisant le déficit à 3 % du PIB, soit une division par trois. Le pays s’est également engagé dans d’importants chantiers d’infrastructures et a modernisé son économie.

En 2021, lors de la réélection de M. Talon, ce dernier a renouvelé sa confiance en M. Wadagni, le promouvant même au rang de ministre d’État.

Une présidence sous le signe de la « continuité »

La croissance économique a été au rendez-vous, dépassant les 6 % en moyenne sur la dernière décennie, faisant du Bénin un élève modèle plébiscité par les investisseurs internationaux en Afrique de l’Ouest.

En tant que président, M. Wadagni « va s’inscrire dans la continuité de ce qui a été fait », estime l’analyste politique Franck Kinninvo.

Cependant, la gouvernance d’un pays ne se limite pas au développement économique. Le président devra également faire face aux violences jihadistes qui affectent durement l’armée dans le nord du pays.

Son entourage est catégorique : le président Talon l’a associé à toutes les décisions sécuritaires prises ces dernières années et l’a adoubé pour lui succéder.

Durant sa campagne, il a obtenu le soutien des deux principaux partis de la majorité, et même le ralliement de certains opposants. « C’est un rassembleur », confie un proche.

« Certains lui reprochent une relative discrétion politique, mais cela peut aussi être une force dans un contexte où la sobriété et l’efficacité sont recherchées. Pour nous, Wadagni représente une nouvelle génération de leadership, moins dans le discours et plus dans l’impact », analyse Lucien Fayomi, un militant qui le soutient.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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