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Procureur Sénégal peut-il agir face aux mensonges économiques ?

Publié le 20 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le débat fait rage au Sénégal : après avoir été exposé comme un gros mensonge, l’affaire de la dette dite « cachée » soulève une question cruciale. Le Premier ministre Ousmane Sonko a-t-il commis un acte susceptible d’engager sa responsabilité juridique ? Peut-on exiger du procureur de la République qu’il s’autosaisisse pour diffusion de fausses nouvelles économiques ou haute trahison économique ?

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Le mensonge avéré et ses conséquences

Il est désormais établi que les allégations concernant une dette « cachée », avancées pour la première fois par le Premier ministre lors d’une conférence de presse le 26 septembre 2024, reposaient sur des fausses informations. Pourtant, une véritable machine de propagande s’était mise en marche pour amplifier cette désinformation, avec des répercussions immédiates sur la crédibilité du pays, ses relations internationales et le quotidien des Sénégalais.

Face à un tel mensonge, qui a ébranlé la confiance des partenaires économiques et des agences de notation, la question de la responsabilité institutionnelle se pose avec acuité. Faut-il considérer ces déclarations comme de simples prises de position politiques ou comme des actes engageant la parole publique d’un responsable gouvernemental ?

La parole d’un Premier ministre engage l’État

Ousmane Sonko a tenté de justifier ses propos en affirmant qu’il s’exprimait alors en tant que chef de parti politique. Cependant, cette justification se heurte à la réalité institutionnelle. En effet, la conférence de presse du 26 septembre 2024 ne concernait pas un simple discours partisan : elle réunissait, outre le Premier ministre, le ministre-Secrétaire général du gouvernement, le ministre de l’Économie et le ministre de la Justice. Cette mise en scène officielle conférait à ses déclarations une dimension publique et engageait, de fait, l’autorité de l’État.

Cette distinction entre critique politique et responsabilité institutionnelle est fondamentale. Une accusation présentée dans un cadre officiel doit être étayée par des preuves tangibles. À défaut, elle expose ses auteurs à une critique non seulement politique, mais aussi juridique. La question se pose donc : le procureur peut-il intervenir pour examiner la diffusion de fausses nouvelles économiques et leurs conséquences ?

Le rôle de la Cour des comptes : un éclairage technique

Pour trancher ce débat, il est essentiel de revenir aux constats de la Cour des comptes, seule institution habilitée à analyser la sincérité des comptes publics. Dans une interview récente, Mamadou Faye, ancien président de la Cour, a rappelé que le rapport officiel de février 2025 ne mentionnait à aucun moment le terme « dette cachée ». Cette précision technique est déterminante : elle sépare les constats objectifs des interprétations politiques qui en ont été tirées.

Cependant, l’absence de mention explicite ne clôt pas le débat. Elle soulève plutôt une question plus large : la présentation publique de ces données était-elle proportionnée, vérifiable et conforme aux exigences de stabilité institutionnelle ? Les effets de ces déclarations sur la confiance des marchés et des investisseurs doivent être pris en compte pour évaluer leur impact réel.

Crédibilité financière et responsabilité publique

Une communication gouvernementale imprudente sur la dette peut avoir des conséquences dramatiques. Elle risque d’affaiblir la confiance des investisseurs, de provoquer une dégradation de la notation souveraine du pays et d’augmenter le coût de l’emprunt. Ces effets, s’ils se matérialisent, peuvent peser sur les marges budgétaires, freiner l’investissement et, in fine, affecter l’emploi et la croissance.

Dans ce contexte, la responsabilité des acteurs publics doit être appréciée à l’aune de leurs déclarations et de leurs effets prévisibles. Lorsqu’un responsable gouvernemental avance des chiffres ou des allégations spectaculaires, ces affirmations doivent être étayées par des éléments vérifiables. À défaut, elles alimentent la confusion et affaiblissent la confiance dans les institutions.

L’affaire des 1 000 milliards de francs CFA : un exemple emblématique

Prenons un autre exemple : l’allégation selon laquelle 1 000 milliards de francs CFA auraient été placés sur un compte attribué à un ancien dignitaire. Une telle déclaration, émanant d’un responsable public, doit reposer sur des preuves solides. Sans cela, elle alimente la polémique, fragilise la crédibilité de l’État et expose son auteur à une contestation sur le terrain de la responsabilité juridique.

Vers une régulation renforcée de la parole publique

Cette affaire met en lumière l’importance d’une parole publique mesurée, vérifiable et compatible avec les exigences de stabilité institutionnelle. Lorsque des déclarations économiques sont susceptibles d’affecter la crédibilité financière d’un pays, il appartient aux institutions compétentes d’apprécier si elles relèvent du débat politique ordinaire ou si elles justifient un examen plus approfondi au regard du droit applicable.

Au-delà de cette polémique, cette situation rappelle également le rôle crucial des institutions de contrôle. Leur crédibilité dépend de leur capacité à produire des constats réguliers, lisibles et incontestables, afin d’éclairer le débat démocratique et de garantir la confiance des citoyens.

La Cour des comptes face à ses défis futurs

Le nouveau président de la Cour des comptes, en poste pour une transition de moins de trois ans, doit relever plusieurs défis majeurs. Il lui faudra notamment :

  • Garantir la régularité de la publication des rapports annuels ;
  • Parachever la réforme de la Cour pour l’aligner sur les standards internationaux ;
  • Ouvrir l’institution aux métiers techniques (ingénieurs, experts-comptables, spécialistes de la santé publique) et renforcer la professionnalisation de ses agents ;
  • Renforcer l’appropriation des missions de la Cour par les citoyens.

Ces réformes sont essentielles pour restaurer la confiance dans les institutions et garantir une gestion transparente et rigoureuse des finances publiques.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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