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Nouvelle convocation judiciaire : Chahana Takiou, directeur du 22 Septembre, face au pôle cybercriminalité

Publié le 8 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Directeur de publication de l’hebdomadaire Le 22 Septembre, Chahana Takiou est attendu ce lundi 8 juin 2026 à 13 heures devant le procureur du pôle de lutte contre la cybercriminalité de Bamako. Cette convocation intervient après ses récentes interventions publiques jugées trop critiques envers la junte militaire qui dirige le Mali. Elle illustre une fois de plus la répression systématique et le harcèlement judiciaire que subissent les voix dissidentes, les journalistes et les citoyens refusant d’épouser la version officielle des autorités de transition.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Une convocation sous tension au cœur du pôle cybercriminalité

La nouvelle a frappé le milieu médiatique malien comme un couperet. Chahana Takiou, figure respectée du journalisme national et patron de l’hebdomadaire Le 22 Septembre, doit comparaître devant des enquêteurs spécialisés dans la cybercriminalité. Pour ses confrères, le motif réel ne fait aucun doute : ses prises de parole récentes, où il analysait sans concession la gestion politique, sécuritaire et économique de la transition militaire, sont en cause. Au Mali, le pôle de lutte contre la cybercriminalité est devenu, au fil des mois, l’outil favori du pouvoir pour neutraliser la critique. Sous prétexte de traquer les dérives sur les réseaux sociaux, la justice l’utilise couramment pour intimider les professionnels des médias. Pour Chahana Takiou, l’exercice rigoureux de son métier de journaliste se transforme aujourd’hui en une convocation judiciaire à haut risque.

Liberté de la presse sacrifiée sur l’autel de la pensée unique

Depuis l’arrivée de la junte militaire, l’espace public malien se réduit comme une peau de chagrin. La liberté de la presse, jadis fierté de la démocratie malienne, n’est plus qu’un lointain souvenir. Les professionnels de l’information évoluent dans un climat de peur et d’autocensure. Informer de manière neutre et indépendante est devenu un acte de bravoure, voire un délit de lèse-majesté. La junte exige une adhésion totale à son narratif. Les médias qui refusent de relayer la propagande officielle ou qui tentent de soulever des questions légitimes sur l’avenir du pays sont immédiatement ciblés. Suspensions de médias nationaux et internationaux, mises en demeure de la Haute Autorité de la Communication (HAC) et harcèlement administratif sont le lot quotidien d’une presse malienne asphyxiée financièrement et moralement.

Répression et enlèvements : la stratégie de la terreur

L’acharnement contre Chahana Takiou n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une stratégie globale de répression orchestrée par les autorités de transition. Quiconque ose émettre un avis divergent, qu’il soit homme politique, leader de la société civile, défenseur des droits humains ou simple citoyen sur les réseaux sociaux, s’expose à de graves représailles. Plus inquiétant encore, les méthodes de la junte ont franchi un palier sombre. Au-delà des convocations judiciaires officielles, le pays assiste à une multiplication d’enlèvements et de disparitions forcées. Des citoyens sont interpellés par des hommes armés non identifiés, souvent assimilés aux services de renseignement, pour être détenus au secret pendant des semaines. Cette politique de la terreur vise à paralyser toute capacité de contestation au sein de la population et à imposer un silence de plomb sur toute l’étendue du territoire.

Une communauté médiatique solidaire mais fragile

Face à la convocation du directeur de publication du 22 Septembre, la solidarité s’organise au sein des organisations professionnelles de la presse au Mali. Des appels à la vigilance et au soutien ont été lancés dès l’annonce de la nouvelle. Cependant, cette solidarité se heurte à la puissance de l’appareil répressif d’un État militarisé, où les garanties constitutionnelles et judiciaires fondamentales sont de plus en plus bafouées. Les syndicats de journalistes rappellent constamment que la critique constructive est essentielle à la survie de la nation, surtout en période de crise. Pourtant, pour les tenants actuels du pouvoir à Bamako, toute critique est assimilée à une trahison ou à une tentative de déstabilisation, fermant ainsi la porte à tout débat démocratique pluraliste.

La convocation de Chahana Takiou ce 8 juin 2026 marque un nouveau cap préoccupant dans la dérive autoritaire de la junte malienne. En ciblant un journaliste de sa trempe, le pouvoir de transition envoie un signal clair et direct : aucune voix discordante ne sera tolérée. Cette quête obsessionnelle d’unanimisme, obtenue par la force, la prison et l’intimidation, isole chaque jour un peu plus le Mali et fragilise sa cohésion interne. Alors que le pays fait face à d’immenses défis sécuritaires et humanitaires, museler ceux qui cherchent la vérité ne réglera pas les crises profondes du pays. Plus que jamais, l’avenir du journalisme indépendant et des libertés citoyennes au Mali se joue dans les couloirs des tribunaux de Bamako.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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