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Niger : retrait de nationalité pour une opposante politique, l’ADS en émoi

Publié le 12 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Niger : retrait de nationalité pour une opposante politique, l’ADS en émoi

Le gouvernement de transition nigérien a franchi une étape inédite en officialisant, par décret, la privation de nationalité nigérienne du Dr Mayra Djibrine. Cette décision, qui vise la présidente de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une organisation basée en Belgique, s’inscrit dans un contexte de renforcement des mesures contre les voix dissidentes installées à l’étranger. Entre soutien à la fermeté étatique et craintes pour les libertés individuelles, la population de Niamey se divise face à cette mesure exceptionnelle.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

une décision aux conséquences juridiques et symboliques majeures

Le paysage politique et institutionnel du Niger vient d’être marqué par un tournant décisif. Les autorités de Niamey ont acté, via un décret, la déchéance de nationalité du Dr Mayra Djibrine, universitaire et figure emblématique de l’ADS. Cette mesure entraîne la perte de l’ensemble de ses droits civiques et politiques liés à sa nationalité nigérienne.

Les autorités justifient cette décision par des « actes portant atteinte aux intérêts stratégiques et à la souveraineté nationale ». Depuis plusieurs mois, l’ADS, depuis Bruxelles, multipliait les prises de position critiques envers la gestion de la transition politique au Niger. L’organisation plaidait notamment, auprès d’institutions européennes, pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pour le pouvoir en place, ces actions équivalent à une tentative de déstabilisation, justifiant l’application d’une ordonnance adoptée fin 2024. Cette dernière autorise la déchéance de nationalité en cas de trahison ou d’atteinte à la défense nationale.

réactions contrastées dans la capitale nigérienne

À Niamey, la nouvelle a rapidement enflammé les débats, des lieux de discussion informels aux espaces publics. Les avis des citoyens restent profondément divisés, reflétant les tensions qui traversent la société nigérienne.

  • Au marché de Wadata, un commerçant en tissus, Amadou, défend fermement la décision : « Le Niger traverse une période charnière de son histoire. On ne peut tolérer que des nationaux, installés en Europe, orchestrent des pressions contre leur propre pays. Si l’on s’oppose aux intérêts de la patrie depuis l’étranger, le Niger a le droit de se retourner contre ses propres enfants. C’est une question de survie nationale. »

  • Dans le quartier de l’Université Abdou Moumouni, Fatouma, étudiante en droit, exprime une inquiétude grandissante : « Cette mesure ouvre une boîte de Pandore. Priver quelqu’un de sa nationalité en raison de ses opinions politiques, même exprimées depuis l’étranger, pose un sérieux problème éthique et juridique. La nationalité n’est pas un privilège que l’État peut retirer à sa guise. Qui sera la prochaine cible ? »

Ces divergences illustrent les clivages profonds qui traversent la société nigérienne, entre ceux qui saluent une affirmation de souveraineté et ceux qui redoutent une restriction croissante des libertés fondamentales.

enjeux juridiques et diplomatiques : une mesure aux répercussions internationales

Sur le plan juridique, cette décision interroge les spécialistes du droit à Niamey. Le code de la nationalité, modifié par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), élargit considérablement les conditions de déchéance. Pour certains juristes proches du pouvoir, la procédure est conforme aux textes d’exception en vigueur. Pour d’autres, notamment les défenseurs des droits de l’homme, elle contrevient aux conventions internationales ratifiées par le Niger, qui interdisent de rendre une personne apatride.

Sur la scène diplomatique, cette mesure envoie un message sans ambiguïté aux organisations de la diaspora et aux pays européens. En ciblant la présidente d’une association basée à Bruxelles, Niamey démontre sa détermination à étouffer toute contestation politique, même au-delà de ses frontières, en recourant à des sanctions civiles radicales.

un tournant pour la transition nigérienne ?

Le retrait de nationalité du Dr Mayra Djibrine marque une nouvelle phase dans la stratégie de contrôle politique des autorités nigériennes. Si cette fermeté est saluée par une partie de la population, qui y voit une protection nécessaire de la souveraineté nationale, elle suscite également une profonde préoccupation chez de nombreux citoyens. Ceux-ci s’inquiètent de l’avenir des libertés individuelles et du devenir de la démocratie dans un pays en pleine redéfinition de ses fondements politiques et sociaux.

Dans un Niger où les équilibres internes et externes sont en pleine mutation, le débat entre sécurité de l’État et respect des droits fondamentaux reste plus que jamais d’actualité.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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