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Burkina Faso : 104 milliards promis pour l’électricité, mais les arriérés envers la Côte d’Ivoire restent

Publié le 15 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le couperet est tombé sous forme de décision budgétaire : 104,175 milliards de francs CFA seront consacrés à la modernisation des infrastructures de transport et de distribution d’électricité au Burkina Faso. Un montant qui tranche avec les enveloppes habituellement annoncées dans le secteur et que l’exécutif présente comme un tournant.

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L’ambition est double : densifier un réseau qui laisse encore de côté de nombreuses localités, et accélérer un rattrapage énergétique devenu un argument politique central. Deux documents servent de cadre à l’opération, le Pacte national de l’énergie et le plan RELANCE 2026-2030.

250 000 Ménages à raccorder, 70 % d’électrification en ligne de mire

Concrètement, les autorités promettent le branchement de plus de 250 000 foyers supplémentaires. L’objectif final : faire grimper le taux d’électrification du pays à 70 % d’ici 2030, une marche considérable pour un État dont une partie du territoire demeure mal desservie.

Sur le papier, la promesse a de quoi convaincre. Elle répond à une demande sociale forte et à un besoin économique difficilement contestable. Reste une interrogation que l’annonce laisse entière : d’où viendront les ressources, et quelle crédibilité financière peut afficher Ouagadougou pour porter un chantier de cette ampleur ?

Un passif de 52,6 millions de dollars vis-à-vis d’Abidjan

Car le coût des nouvelles lignes n’est pas le seul fardeau. Le pays traîne derrière lui des engagements financiers anciens. Dans son dernier rapport consacré au Burkina Faso, le Fonds monétaire international chiffre à 52,6 millions de dollars les arriérés dus à la Côte d’Ivoire, soit plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

L’institution précise qu’il s’agit d’arriérés extérieurs hérités et ne ramène pas la question aux seules importations d’électricité. Une nuance utile, qui ne dissout pourtant pas le nœud du dossier : un État qui revendique davantage de souveraineté énergétique doit aussi pouvoir régler ce qu’il doit à ses partenaires.

Des créances régionales qui fragilisent le secteur ivoirien

La Côte d’Ivoire occupe de longue date une place de premier plan dans les échanges d’électricité en Afrique de l’Ouest. La Banque africaine de développement évoque elle aussi des impayés des pays importateurs, qui déséquilibrent les comptes du secteur ivoirien. En 2023, les créances à l’export de CI-ENERGIES atteignaient 130,021 milliards de francs CFA, dont 106,288 milliards rattachés au Mali.

Dans un environnement régional aussi tendu, le débat se déplace. Il ne porte plus sur l’effet d’annonce, mais sur la discipline financière.

Le discours officiel à l’épreuve des comptes publics

Mobiliser plus de 104 milliards pour éclairer davantage le pays n’a rien d’illégitime ; c’est même une nécessité. Mais la souveraineté énergétique ne s’obtient pas par décret. Elle suppose des centrales, des lignes, des investissements qui se concrétisent, des fournisseurs payés à l’heure et une trésorerie capable d’absorber la politique annoncée.

Le Burkina Faso fait désormais de la réduction de sa dépendance électrique une priorité stratégique. Son Pacte national de l’énergie prévoit justement d’assainir la viabilité financière du secteur et de drainer des investissements massifs.

Payer ses factures, condition d’une autonomie crédible

Le véritable test n’est donc pas de promettre 104 milliards, mais de démontrer que les financements seront effectivement levés, que les ouvrages sortiront de terre et que les dettes accumulées seront soldées.

Une autonomie énergétique durable ne se nourrit pas d’annonces empilées. Elle exige la confiance des partenaires, la solidité de la trésorerie publique et le respect des engagements contractuels. À force de présenter chaque nouveau financement comme une preuve supplémentaire d’indépendance, le pouvoir d’Ibrahim Traoré prend le risque de masquer une contradiction : on ne bâtit pas une autonomie énergétique en laissant derrière soi des impayés qui abîment les relations avec les pays dont le courant et les infrastructures régionales font encore tourner le système.

Le jour où le Burkina produira davantage, importera moins et, surtout, honorera ses factures, la souveraineté énergétique cessera d’être un slogan. Les milliards annoncés pourront alors devenir autre chose qu’une promesse de tribune : les fondations d’une politique énergétique qui tient dans la durée.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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