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Mali: les forêts interdites aux civils pour déloger les jihadistes

Publié le 7 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le régime militaire malien poursuit sa stratégie de reconquête du territoire avec une nouvelle mesure radicale. Un arrêté ministériel publié le vendredi 5 juin 2026 instaure des zones d’intérêt militaires qui englobent une quarantaine de forêts réparties sur l’ensemble du pays. Ces espaces, désormais réservés aux opérations des Forces armées maliennes (FAMa), sont strictement interdits à toute présence civile. L’objectif affiché est de priver les groupes jihadistes – notamment ceux affiliés à l’État islamique au Sahel et au JNIM – de leurs refuges habituels.

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Une cartographie sécuritaire qui redessine l’usage du territoire

L’arrêté énumère précisément les massifs forestiers concernés, situés dans plusieurs régions, en particulier celles du centre et du sud, longtemps utilisées comme bases arrière par les combattants armés. En verrouillant l’accès à ces zones, les autorités espèrent couper les lignes logistiques des katibas et faciliter les frappes aériennes sans mettre en danger les populations locales.

La forêt est au cœur de cette nouvelle réglementation. Depuis plus d’une décennie, ces étendues boisées servent de zones grises où se mêlent activités de subsistance, contrebande et présence insurgée. Les villageois y puisent bois de chauffe, plantes médicinales et viande de brousse, tandis que les éleveurs y font transhumer leurs troupeaux. Ce nouveau cadre juridique bouleverse cet équilibre en plaçant ces ressources sous contrôle militaire effectif.

Concrètement, toute incursion civile est désormais passible de sanctions, et les opérations de ratissage pourront être menées sans préavis. Ce texte s’inscrit dans la continuité de la ligne dure imposée par les colonels au pouvoir depuis les coups d’État de 2020 et 2021, qui ont mis fin à la présence militaire française et recentré l’architecture sécuritaire autour de partenaires russes.

Un pari militaire aux lourdes conséquences humanitaires

L’efficacité tactique de cette mesure dépendra de la capacité des FAMa et de leurs supplétifs à occuper durablement le terrain forestier. Les opérations héliportées et les frappes ciblées, devenues centrales depuis le départ de la MINUSMA en 2023, bénéficient désormais d’un cadre juridique élargi dans ces zones interdites. Pour Bamako, il s’agit aussi de montrer à l’opinion publique une reprise en main face à une insécurité qui s’étend jusqu’aux portes de la capitale et de Kayes.

Cependant, les répercussions sociales risquent d’être considérables. Des dizaines de milliers de personnes vivent à proximité des massifs visés et dépendent en partie de l’exploitation forestière pour leur survie. L’interdiction pourrait fragiliser des communautés rurales déjà éprouvées par la sécheresse, la hausse des prix alimentaires et la fermeture des marchés transfrontaliers. L’exemple du Burkina Faso, qui a instauré des zones militaires similaires dès 2023, montre un lien entre l’extension du périmètre militarisé et des déplacements internes massifs.

Une convergence sahélienne autour de la militarisation des espaces

La démarche malienne s’inscrit dans une dynamique régionale. Le Burkina Faso et le Niger, partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont multiplié depuis 2024 les dispositifs d’exception territoriale pour reprendre la main face aux groupes armés. Cette convergence traduit une vision commune de la souveraineté sécuritaire, fondée sur le contrôle physique des zones périphériques et la suspension temporaire de certains droits coutumiers.

Les partenaires internationaux observent ce tournant avec prudence. Les organisations de défense des droits humains ont documenté à plusieurs reprises des exactions commises dans des zones placées sous régime militaire renforcé. La capacité du régime à concilier efficacité opérationnelle et respect des populations civiles sera scrutée de près, notamment par les voisins ouest-africains et les bailleurs encore présents dans le pays.

Sur le plan économique, l’instauration de ces périmètres pourrait aussi affecter les concessions minières artisanales et certaines exploitations aurifères situées en lisière des forêts ciblées. Le gouvernement n’a pas encore précisé les modalités d’indemnisation ou de réaffectation des populations concernées.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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