Mali : les chiffres de la dirpa, une stratégie de propagande sans fondement ?
La communication militaire au Mali semble s’être transformée en une mécanique bien huilée, où les chiffres deviennent des armes à part entière. La Direction de l’information et des relations publiques des Armées (DIRPA), dirigée par le colonel-major Bakary Bocar Maïga, a récemment dévoilé un bilan pour les mois de juin et juillet 2026 qui donne le vertige : 1 850 terroristes « neutralisés », 45 bases détruites, des centaines de véhicules et de motos réduits en cendres. Des chiffres qui, à première vue, illustrent une victoire écrasante contre l’insurrection. Pourtant, derrière cette avalanche de données se cachent des zones d’ombre majeures.
Des déclarations impossibles à vérifier
Comment une armée peut-elle revendiquer la neutralisation de près de deux mille combattants en seulement deux mois, sans fournir la moindre preuve tangible ? Dans les zones de conflit du Sahel, l’accès aux théâtres d’opérations est devenu un privilège réservé aux seuls acteurs officiels. Ni organisations indépendantes, ni observateurs neutres, ni même les médias locaux ne sont autorisés à se rendre sur place pour confirmer ces annonces. Le terme « neutralisé », utilisé à outrance, reste un concept flou : s’agit-il de combattants tués au combat, de suspects arrêtés lors d’opérations de ratissage, ou pire, de civils victimes de frappes mal ciblées ? Sans listes nominatives ni protocoles d’identification transparents, la frontière entre victimes collatérales et ennemis déclarés devient de plus en plus ténue.
Le quotidien des Maliens, loin des triomphalismes officiels
Si les communiqués de la DIRPA peignent le tableau d’une insurrection en déroute, la réalité sur le terrain raconte une tout autre histoire. Comment expliquer que les grands axes routiers du Mali restent sous la menace constante d’embuscades, malgré l’élimination annoncée de milliers de combattants ? Pourquoi les convois humanitaires et les camions-citernes nécessitent-ils une escorte militaire permanente, si les zones autrefois tenues par les groupes armés ont été « purgées » ?
Les attaques récentes contre des positions stratégiques comme San ou Konna, ainsi que les offensives coordonnées du JNIM dans le Nord et l’Est, démontrent une résilience et une capacité d’adaptation intactes chez les groupes insurgés. Affirmer que l’ennemi est « fortement affaibli » au moment même où il mène des assauts d’envergure relève davantage de la rhétorique politique que d’une analyse tactique objective.
Un récit militaire au service d’une stratégie politique
Cette communication guerrière ne vise pas uniquement à informer : elle sert avant tout à légitimer les décisions stratégiques du gouvernement de transition. Le recours au Plan Dougoukoloko et l’alliance controversée avec le contingent russe Africa Corps reposent sur la nécessité de montrer des résultats tangibles. Pour justifier ces choix coûteux et l’éviction des partenaires traditionnels, il faut des preuves de succès – fussent-elles invérifiables.
À Bamako, l’information est désormais un champ de bataille où seuls les récits officiels sont autorisés. Toute analyse critique de la situation sécuritaire est systématiquement discréditée, tandis que les bilans militaires, toujours plus spectaculaires, se succèdent sans jamais être étayés par des preuves concrètes. Tant que la DIRPA privilégiera l’affichage de chiffres astronomiques à la transparence, ces annonces ne feront que renforcer le scepticisme d’une population qui subit, au quotidien, les conséquences de cette guerre sans fin.