Centre anti-blanchiment d’argent : un nouvel outil stratégique à Abidjan pour la ceadeo

Un pas décisif dans la lutte contre la criminalité financière en Afrique de l’Ouest

Le ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a officiellement inauguré ce mercredi à Cocody les nouveaux locaux du Centre d’Information du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique (GIABA). Cette infrastructure, mise à disposition par l’État ivoirien dans le cadre de l’Accord de Siège, marque une avancée majeure pour la coopération régionale en matière de prévention et de répression des flux financiers illicites.

Un centre né d’une décision historique de la CEDEAO

La genèse du Centre d’Information du GIABA remonte à novembre 2010, lorsque le Conseil des ministres de la CEDEAO, lors de sa 65e session à Abuja, a acté la création de deux pôles dédiés. L’un à Lagos, destiné aux pays anglophones, et l’autre à Abidjan, au service des États francophones et lusophones de la région. Les nouveaux locaux, inaugurés aujourd’hui, s’inscrivent dans la continuité de cette vision stratégique.

Ce centre avait officiellement ouvert ses portes en septembre 2015, après la signature en mars 2014 à Yamoussoukro de l’Accord de Siège entre la Côte d’Ivoire et le GIABA, en marge du 44e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO.

Un outil indispensable face à l’évolution des menaces financières

Lors de la cérémonie, le ministre Adama Coulibaly a mis en lumière l’importance cruciale de cette infrastructure. Les mécanismes de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme gagnent en complexité, exploitant des circuits toujours plus innovants. Dans ce contexte, une réponse collective et coordonnée s’impose : aucun État ne peut, à lui seul, endiguer efficacement ces phénomènes. Le renforcement des synergies, du partage d’informations et des capacités opérationnelles devient une priorité absolue.

Pour le ministre, le Centre d’Information d’Abidjan doit incarner une plateforme régionale dédiée à la sensibilisation, à la montée en compétences, à la recherche et à la communication. Son objectif ? Servir de levier aux États membres de la CEDEAO et à l’ensemble de l’espace communautaire dans leur combat contre la criminalité financière.

Un bilan déjà riche pour le centre avant son déménagement

Le Directeur général du GIABA, Edwin W. Harris Jr., a retracé le parcours du Centre d’Information d’Abidjan depuis son ouverture en 2015. Entre autres initiatives, il a évoqué l’organisation de journées portes ouvertes pour les jeunes, de conférences grand public, de concours d’art oratoire régionaux, ainsi que des séminaires de sensibilisation et de formation à destination des médias, des leaders religieux et de la société civile. Ces activités ont aussi soutenu le processus d’évaluation mutuelle des États, renforçant ainsi les capacités régionales.

Une nouvelle ère pour la lutte contre les flux financiers illicites

Avec ces nouveaux locaux, le Centre se dote d’atouts supplémentaires pour relever les défis de demain. Pour Edwin W. Harris Jr., il s’agit d’un investissement clé pour les États francophones et lusophones de la CEDEAO. Ce lieu ambitionne de devenir un hub régional du savoir, de l’innovation et de la coopération dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).

Le Directeur général a appelé l’ensemble des acteurs – administrations publiques, institutions financières, professions réglementées, universités, médias, société civile et partenaires techniques – à s’approprier cet espace et à participer activement aux formations, conférences et activités proposées. Une attention particulière sera portée aux jeunes, aux étudiants, aux chercheurs et aux jeunes professionnels, afin de faire de ce centre un vecteur d’apprentissage, d’innovation et d’engagement pour l’intégrité et le développement économique de l’Afrique de l’Ouest.

Un centre de formation innovant au service des professionnels

Parmi les innovations majeures des nouveaux locaux figure l’intégration d’un Centre de Formation Assistée par Ordinateur (Computer-Based Training – CBT). Cet outil permettra de dispenser des modules sur mesure, adaptés aux besoins spécifiques des différents publics cibles : autorités compétentes, institutions financières, professions assujetties aux obligations LBC/FT, magistrats, services d’enquête, universitaires, étudiants et autres acteurs impliqués dans la prévention et la répression de la criminalité financière.

Ces formations, sanctionnées par des certificats, contribueront à professionnaliser les acteurs et à consolider l’expertise régionale dans la lutte contre les flux financiers illicites.

Un héritage durable pour la région

Cette inauguration prend une dimension symbolique particulière, à quelques jours de la fin du mandat d’Edwin W. Harris Jr. à la tête du GIABA, prévue le 31 août 2026. L’ouverture de ces nouveaux locaux, en amont de cette échéance, témoigne d’une volonté claire : offrir aux États membres de la CEDEAO et à leurs partenaires un outil pérenne. Ce dernier vise à renforcer la coopération, le partage d’informations et le développement des compétences, afin de mieux contrer le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.