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Mali lance une prime contre les chefs jihadistes et indépendantistes

Publié le 5 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le gouvernement malien vient de franchir une étape décisive dans sa lutte contre les groupes armés qui déstabilisent le pays. Bamako a officiellement dévoilé, via la télévision nationale, une mesure incitant financièrement la population à fournir des informations permettant l’arrestation ou l’élimination des principaux responsables du Jnim (lié à Al-Qaïda) et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette initiative, inédite par son ampleur et sa publicité, reflète une volonté de mobiliser l’ensemble de la société civile dans la bataille que l’armée malienne mène avec des moyens limités.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Une prime pour traquer les têtes pensantes du terrorisme et de l’insurrection

Parmi les cibles désignées, le Jnim, dirigé par Iyad Ag Ghaly, s’impose comme l’une des organisations les plus dangereuses du Sahel central. Ses attaques répétées ciblent aussi bien les forces de sécurité que les infrastructures civiles, semant l’instabilité dans plusieurs régions. Quant au FLA, il incarne une menace à part, héritière des revendications indépendantistes touarègues, et conteste farouchement l’autorité de l’État dans le Nord, notamment à Kidal, Gao et Tombouctou.

En instaurant une récompense financière, Bamako adopte une tactique déjà éprouvée ailleurs dans le monde, mais encore peu répandue en Afrique de l’Ouest. Cette approche, souvent utilisée dans la lutte antiterroriste occidentale, souligne un changement de stratégie : les autorités reconnaissent que la victoire passe désormais par une collaboration étroite avec les populations locales, là où les opérations militaires classiques montrent leurs limites.

Un aveu de vulnérabilité face à une menace grandissante

Cette annonce survient dans un contexte particulièrement sombre. Après le départ des forces de l’ONU et des troupes françaises, les Forces armées maliennes (Fama) comptent désormais sur l’appui des partenaires russes, notamment les éléments de l’Africa Corps, successeurs du groupe Wagner. Malgré la reprise symbolique de Kidal en 2023, les offensives jihadistes se sont multipliées en 2024 et 2025, frappant même les zones périphériques de la capitale.

La mise en place de cette prime révèle une prise de conscience stratégique. Pour affaiblir ces groupes, il est impératif de cibler leurs dirigeants, une tâche qui exige une connaissance approfondie de leurs réseaux. Or, qui mieux que les habitants des régions concernées peut fournir ces renseignements ? Cependant, cette méthode n’est pas sans risques. Les informateurs s’exposent à des représailles, et l’absence de détails sur le montant ou les modalités de versement pourrait freiner l’engagement des citoyens. À ce jour, ni le gouvernement ni la télévision nationale n’ont précisé les sommes promises ou les conditions de paiement.

Une stratégie qui interroge l’unité régionale

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES), alliance regroupant depuis 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les trois pays partagent une vision commune de la menace terroriste et collaborent progressivement sur le plan militaire. Une coordination élargie des systèmes de récompense pourrait renforcer l’échange d’informations transfrontalières, un enjeu crucial alors que les groupes armés exploitent les frontières poreuses pour se déplacer et se ravitailler.

Pourtant, la question du financement reste entière. Dans un contexte économique difficile, marqué par l’arrêt de plusieurs aides internationales et les sanctions imposées par la CEDEAO, Bamako devra trouver des ressources locales ou s’appuyer sur des alliés extérieurs pour concrétiser cette promesse. La Russie, partenaire militaire privilégié du Mali, pourrait être sollicitée, bien qu’aucune information officielle n’évoque à ce stade un cofinancement.

Au-delà de l’aspect opérationnel, cette annonce a aussi une dimension politique. En s’adressant directement aux citoyens via les médias publics, le gouvernement cherche à renforcer son ancrage auprès de la population et à légitimer sa transition, alors que le calendrier électoral reste incertain depuis les coups d’État de 2020 et 2021. L’efficacité de cette mesure se mesurera dans les mois à venir, lorsque les Fama devront démontrer leur capacité à neutraliser les cadres jihadistes et indépendantistes visés.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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