Mali : l’alliance tactique entre le JNIM et les rebelles touaregs ébranle la junte
Les offensives synchronisées lancées récemment par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les insurgés du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont provoqué une onde de choc au Mali. Cette coordination inédite met en lumière la vulnérabilité du pouvoir militaire face à une rébellion qui gagne en organisation.
De Bamako à Kidal, les groupes armés ont frappé simultanément, démontrant une capacité opérationnelle et une entente tactique rarement observées dans l’histoire récente du pays. Cette convergence entre djihadistes et séparatistes marque un tournant dans la crise malienne. Bien que séparés par des idéologies opposées, ces deux acteurs ont choisi d’unir leurs forces contre un adversaire commun : la junte au pouvoir.

Cette coopération inhabituelle dessine une nouvelle carte de l’insécurité dans l’espace Sahel Voice. Les frontières habituelles entre revendications territoriales et djihadisme transnational s’estompent au profit d’alliances de circonstance capables de modifier durablement le rapport de force sur le terrain.
Au-delà du défi militaire, ces événements fragilisent l’unité à Bamako et accentuent les pressions sur ses alliances internationales, notamment avec la Russie et les partenaires de l’Alliance des États du Sahel. Le régime semble désormais confronté à un risque d’isolement stratégique face à une insurrection imprévisible.
Des visions divergentes pour un objectif commun
Le JNIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda, milite pour l’instauration d’un califat régi par une loi islamique stricte. À l’inverse, le FLA porte des revendications identitaires et autonomistes pour le nord du Mali, l’Azawad.
Historiquement rivaux, ces deux mouvements s’appuient aujourd’hui sur une complémentarité tactique. Le FLA apporte sa maîtrise géographique et ses réseaux locaux, tandis que le JNIM déploie sa puissance de feu et son expertise en logistique de guérilla. Cette union, bien que fragile, vise à déstabiliser l’appareil d’État malien.
Le spectre des alliances passées
Pour les experts en Sahel analyse, ce rapprochement n’est pas totalement nouveau. Emmanuel Odilon Koukoubou, chercheur au Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF), rappelle le précédent de 2012-2013. À l’époque, le MNLA s’était allié à AQMI et Ansar Dine pour évincer l’armée du Nord, avant que les djihadistes ne finissent par se retourner contre leurs alliés de circonstance.

Un coup direct porté au sommet de l’État
La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et pilier du régime, lors d’une attaque ciblée à Kati, constitue un revers majeur. Pour Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, ce drame illustre une faille sécuritaire béante. « C’est le cœur même de la sécurité militaire qui a été atteint », souligne-t-il.
Le silence prolongé de la présidence après les attaques a alimenté de nombreuses interrogations, avant que le Premier ministre ne prenne la parole pour promettre une adaptation du dispositif sécuritaire face à cette menace asymétrique.

Vers une crise régionale majeure ?
Dans le cadre de l’actualité Sahel francophone, cette déstabilisation du Mali inquiète les pays voisins. Un effondrement de l’État malien pourrait provoquer un effet domino au Burkina Faso et au Niger, aggravant une situation déjà précaire.
Alioune Tine appelle à une réponse collective immédiate, dépassant les clivages entre la CEDEAO et l’AES. Selon lui, seule une stratégie de défense commune et une souveraineté partagée permettront de faire face à cette menace qui ne connaît pas de frontières. La Sahel politique doit désormais se penser à l’échelle régionale pour éviter un embrasement total.
