Mali : la junte militaire accusée de renforcer son autoritarisme et de réprimer la population
Un durcissement politique inquiétant au Mali
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a lancé un avertissement solennel concernant l’évolution préoccupante de la situation politique au Mali. Depuis le coup d’État de 2020 ayant renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, le pays traverse une période de transition marquée par une concentration croissante des pouvoirs entre les mains du général Assimi Goïta. Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits humains, a mis en lumière les mesures restrictives adoptées par la junte, qui sapent les fondements démocratiques et menacent les libertés fondamentales des citoyens maliens.
Ces réformes, qualifiées d’illégitimes par la communauté internationale, ont pour conséquence directe la suspension indéfinie des élections. Une loi promulguée le 8 juillet 2024 autorise en effet le général Goïta à prolonger son mandat « jusqu’à la pacification complète du territoire », sans aucune limite de durée. Par ailleurs, un décret présidentiel a dissous l’ensemble des partis politiques et organisations à caractère politique, privant les Maliens de leur droit de participer activement à la vie publique.
Des libertés fondamentales en péril
Volker Türk a dénoncé avec force les violations systématiques des droits humains perpétrées par les autorités maliennes. Ces mesures, allant à l’encontre des engagements internationaux du Mali, incluent la restriction de la liberté d’expression et la criminalisation de l’opposition. L’arrestation récente de Moussa Mara, figure politique opposée à la junte, illustre cette tendance répressive. Accusé d’« atteinte à la crédibilité de l’État », il a été incarcéré pour avoir exprimé son soutien à des détenus politiques sur les réseaux sociaux. Une décision qualifiée par l’ONU d’« instrumentalisation abusive du système judiciaire ».
Les arrestations arbitraires se multiplient, touchant des citoyens issus de tous les milieux sociaux. Les chefs d’inculpation, souvent flous et subjectifs, servent à museler toute forme de dissidence. Ces pratiques, combinées à la suspension des élections, plongent le Mali dans une impasse politique sans précédent, alimentant les tensions internes et risquant d’aggraver les crises sécuritaires et humanitaires.
Une sécurité fragilisée par les groupes terroristes
Parallèlement à la dérive autoritaire, le Mali reste exposé aux menaces terroristes des groupes djihadistes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et Daech. Ces organisations, actives à la frontière du Burkina Faso, du Niger et du Mali, multiplient les attaques meurtrières qui ciblent aussi bien les forces de sécurité que les populations civiles. Face à cette insécurité chronique, l’armée malienne s’appuie sur le soutien des Africa Corps, une milice paramilitaire russe ayant pris la relève du groupe Wagner.
Cependant, ces opérations militaires se traduisent souvent par des violences contre les civils. Selon les rapports de l’ONU, des centaines d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements ont été recensées depuis avril 2024. Ces abus, commis par toutes les parties au conflit, aggravent la crise humanitaire et alimentent un cycle de violence difficile à briser.
Dans ce contexte, l’ONU alerte sur les risques d’un enlisement durable du Mali dans l’instabilité. La combinaison d’un pouvoir autoritaire, de la suspension des élections et d’une insécurité croissante menace de plonger le pays dans une spirale de crises politiques et humanitaires, avec des conséquences dévastatrices pour sa population.